Grignotage n°277: Accabadora, Michela Murgia

Couverture AccabadoraDans un petit village sarde, la vieille couturière, Tzia Bonaria, accueille chez elle Maria, « cédée » bien volontiers par une veuve d’humbles origines. Elle offrira à sa « fille d’âme » son métier et des études, choix audacieux pour une femme dans cette Sardaigne des années cinquante.

Maria grandit entourée de soins et de tendresse; mais certains aspects de la vie de Tzia Bonaria la troublent, en particulier ses mystérieuses absences nocturnes. Elle ignore en effet que la vieille couturière est, pour tous ses concitoyens, l’accabadora, la « dernière mère ». Le jour où ce secret lui sera dévoilé, sa vie sera définitivement bouleversée et il faudra bien des années pour que la « fille d’âme » arrive enfin à pardonner à sa mère adoptive.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture grâce à laquelle j’ai découvert une belle plume et une culture très intéressante.

A travers l’histoire de Maria, adoptée par la couturière Bonaria, Michela Murgia explore les traditions sardes, et notamment celles du culte des morts, encore assez vivace au moment où se déroule le récit. On découvre donc les coutumes liées au deuil, les pleureuses,  la nuit de la Toussaint pendant laquelle les âmes des défunts viennent se nourrir à la table des vivants, et surtout le rôle de l’accabadora. Malgré ce thème récurrent, le récit n’est pas du tout morbide. La mort semble s’inscrire dans le quotidien des habitants, mais l’auteure parvient à traiter le sujet avec une pudeur qui s’accorde très bien à la retenue manifestée par les différents personnages.

Le second thème principal est celui de la filiation. Maria vit chez Bonaria, qui l’a adoptée en tant de fill’è anima, mais côtoie encore sa mère biologique ainsi que ses sœurs. Pourtant, c’est de sa mère adoptive qu’elle devient la plus proche, ce qui amplifie d’autant plus son sentiment de trahison et d’incompréhension lorsqu’elle découvre ce qu’est l’accabadora.

Au delà de ces deux axes de réflexion, on partage, en moins de 200 pages, la vie de Maria et de Bonaria, ainsi que celle des habitants de leur petite ville de Sardaigne, sur une période qui s’étend des 6 ans de l’héroïne à la fin de son adolescence. Évidemment, le récit comporte de nombreuses ellipses, et pourtant, je n’ai pas eu l’impression de rester sur ma faim. En effet, l’auteure s’intéresse aux événements marquants de la vie du village, sans pour autant manquer de laisser apparaître, en filigrane, les habitudes et les gestes du quotidien, ce qui apporte une forme de continuité et d’authenticité à la narration.

L’auteure retranscrit aussi parfaitement les émotions de ses personnages et l’ambiance très particulière de ce village sarde. On pourrait croire celui-ci complètement intemporel, presque figé, jusqu’à ce que la télévision, les voitures, y fassent irruption, et créent un contraste entre leur modernité, et la présence de coutumes qu’on imagine très anciennes et encore profondément ancrées dans la vie des personnages.

L’histoire de Maria est racontée dans un style sobre, mais doté d’une certaine poésie. Michela Murgia possède une plume incisive, une grande finesse dans le choix des mots et dans les descriptions, ce qui n’empêche pas le récit d’être très fluide. Elle détourne légèrement certaines expressions, étonnant parfois le lecteur sans pour autant le prendre complètement à contre-pied. J’ai beaucoup aimé son écriture, parfois assez travaillée, souvent à la limite de l’oralité et du conte.

Un roman court mais intéressant et complexe, à l’atmosphère particulière, qui se lit facilement et invite à la réflexion.

Si je devais donner une note: 9/10
Marmotte aime vraiment beaucoup!

Livre lu pour le Prix du Meilleur Roman des Editions Points

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2 réponses à “Grignotage n°277: Accabadora, Michela Murgia

  1. Ce livre me tente beaucoup grâce à ton avis !

  2. Beau billet… j’ai apprécié également cette histoire.

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