Le Calendrier de l’Avent, 24 Décembre: Enguirlandé!

Bonjour!

Voilà la dernière case du Calendrier de l’Avent, comme c’est arrivé plus vite que prévu, j’ai été un peu prise au dépourvu, j’espère que cette petite histoire rédigée un peu rapidement vous plaira quand même! J’ai essayé de faire un truc un chouilla mignon, donc âmes sensibles s’abstenir^^

Merci à tous pour votre participation à ce super calendrier, je n’ai pas encore lu tous les articles, mais ceux que j’ai vu étaient super! J’espère qu’on pourra remettre ça l’année prochaine!

En attendant, joyeux Noël!!!

***

La pluie avait cessé, et ce soudain silence avait quelque chose de déconcertant. Tapi derrière le gros fauteuil face à la cheminée, Florimont achevait de grignoter le dernier cookie. Le verre de lait avait été bu une demi-heure plus tôt.  Et il pourrait y avoir une guerre nucléaire avant que la faim ne le pousse, extrémité horrible, à s’attaquer aux carottes. Pauvres rennes !

Minuit sonna alors que le petit garçon se pelotonnait sous un affreux plaid en patchwork. La tante Agathe avait vraiment des goûts horribles en matière de couleurs, mais au moins il n’avait pas froid. Seule sa tête ébouriffée dépassait de la couverture, et dans ses yeux écarquillés se reflétait la lueur intermittente de la guirlande électrique accrochée au sapin. Il ne devrait pas tarder. Ce n’était pas un peu de pluie qui allait l’empêcher de venir, hein ? Parce que c’était sa dernière chance à lui, Florimont, de le rencontrer, et il ne la laisserait pas passer !

Les adultes pensaient qu’il ne se rendait compte de rien, mais ils se trompaient lourdement. Il avait bien remarqué, du haut de ses six ans,  que quelque chose se tramait. Les grands de son école, ceux qui avaient sept ans et savaient déjà lire, semblaient chaque année touchés par une étrange maladie. Ça commençait toujours à partir de la rentrée de septembre, avec un pic juste après les fêtes de fin d’année. Y penser suffit à le faire frissonner des pieds à la tête. A moins que ça ne soit un reste de la méchante grippe qui l’avait cloué au lit pendant trois jours ?  Bref, le constat était terrifiant : les enfants, à partir de sept ans, ne croyaient plus au Père Noel ! Et ceux qui étaient assez courageux pour continuer à affirmer qu’ils y croyaient, eux, d’abord, subissaient les pires châtiments immaginables. On leur volait leurs billes, on les poussait dans le bac à sable, et personne ne voulait plus jouer avec eux, comme s’ils étaient des pessi… pesta… pestiférés. Florimont adorait les mots compliqués, mais ne comprenait pas pourquoi ils étaient si difficiles à prononcer. Et à écrire. Maman avait commencé à lui apprendre, elle avait une écriture ronde et rigolote, et puis…

Il ne savait pas non plus comment les adultes s’y prenaient, pour empêcher les enfants de croire au Père Noël. Un poison peut-être ? Ou alors ils s’étaient alliés à des extraterrestres pour enlever les gamins et pratiquer un lavage de cerveau comme dans le film qu’il avait vu hier avec Papa ? En tout cas, cette perspective le terrifiait, alors il avait décidé que ce soir, c‘était le moment ou jamais ! Il s’était glissé hors de sa chambre, discrètement, silencieusement, comme un vrai ninja, ou un super espion! Il allait veiller tard, rencontrer le Père Noël, et obtenir une preuve de son existence ! Bien malin l’adulte qui lui laverait le cerveau, après ça !

Un craquement ! Ohalala!  Le petit garçon se redressa, et tourna vivement la tête en se rendant compte que le bruit venait de derrière lui. Un extraterrestre arrivé en avance pour accomplir sa sinistre mission ? Il étouffa un soupir de soulagement et rangea sous son plaid la lampe de poche qu’il s’apprêtait à braquer dans les yeux globuleux de son agresseur, au cours d’une tentative désespérée pour l’éblouir et prendre la fuite. Il se recroquevilla, en espérant qu’il n’était pas visible de la porte-vitrée qui donnait sur le couloir, actuellement traversé d’un pas chancelant par le nouvel amoureux de la cousine Sophie,  direction la salle de bain.

Maman aimait beaucoup Sophie, mais avait définitivement quelque chose contre le fait qu’elle ramène un nouvel amoureux chaque année. Florimont avait essayé de lui expliquer que Lucie, la fille de grande section dont tous les garçons de l’école étaient amoureux, faisait ça aussi, mais Maman avait répliqué, avec un brin d’agacement, que ça n’était pas pareil. Ah bon ? Mais déjà, l’amoureux n°12 remontait dans sa chambre en faisant copieusement grincer les marches de l’escalier, et Florimont dû interrompre, à regret, ses réflexions sur les jolies boucles rousses de Lucie, et reprendre son poste d’observation.

*

Il n’avait jamais remarqué avant cette nuit combien le tic-tac de la pendule du salon pouvait résonner fort dans la pièce, et combien ce bruit pouvait être hup… hyp… hypnotique !  Il secoua la tête, espérant chasser les picotements qui atteignaient ses yeux. Il ne s’endormirait pas, nom de nom!

–          Qu’est-ce que tu fais là ?

Oh non ! non non non non ! Tout mais pas ça !

–          Dégage !

Il avait parlé sans se retourner, le regard toujours fixé sur la cheminée. Alexia, trois ans, des couettes blondes, un pyjama rose et un fichu caractère, ne se laissa pas impressionner, et vint posément s’installer à côté de son grand frère.

–          Qu’est-ce que tu fais ?

Comme Florimont refusait de discuter, elle ajouta, en arborant une expression machiavélique, la sale peste:

– Si tu réponds pas, j’le dis à Maman !

Alors là c’était…. C’était… elle le lui paierait ! Mais la priorité, c’était de se débarrasser de cette épine dans le pied qu’était sa petite sœur. Si seulement les extraterrestres pouvaient venir l’enlever !  Peut-être que ça fonctionnait comme le Père Noël et qu’il suffisait de leur envoyer une lettre ? Nom, adresse, poids du colis, pour éviter une surcharge du vaisseau spatial, et hop ! plus de petite sœur… Quoique…Alexia était quand même très utile pour faire le guet pendant qu’il pillait le placard à bonbons, alors il lui faudrait réfléchir un peu avant de la livrer aux envahisseurs intergalactiques…

Mais la voilà qui ouvrait la bouche et prenait une grande inspiration, prête à hurler « Mamaaaan » de façon imminente. Florimont intervint juste à temps :

« Non, non, attends ! Je t’explique ! Ne crie pas ! J’attends le Père Noël ! Si tu dis quoi que ce soit à Maman, ou si tu restes avec moi, je jette tes cadeaux à la poubelle ! »

Et pour prévenir un hurlement de protestation, il ajouta :

« Par contre si tu remontes dans ta chambre et que tu te rendors gentiment, je te raconte tout demain, et je te file la moitié de mon stock de bonbons ! »

Alexia se frotta les yeux une ou deux fois avec l’air de réfléchir intensément… avant d’engager d’âpres négociation, d’exiger une promesse solennelle, de lui tirer la langue, et  finalement de repartir clopin clopant rejoindre son oreiller et son ours en peluche. Cette fois, Florimont s’autorisa un soupir, tout en vérifiant discrètement que la gamine s’en sortait avec les escaliers. Il l’avait échappé belle, et l’empêcheuse de tourner en rond en pyjama rose était, il l’espérait, la pire menace qu’il aurait à affronter cette nuit. Tout son stock de bonbons, plus ses chocolats de Pâques, quand même…  Pour deux années consécutives… sale peste!

*

Une heure du matin… deux heures… sa tête commençait se faire vraiment lourde, et les picotements sur ses paupières étaient revenus. Le clignotement de la guirlande électrique et le bruit de l’horloge devenaient de plus en plus hyp…notiques (ahah !) et rien de nouveau côté cheminée. La pluie avait repris depuis un moment. Et s’il ne venait pas ?

Mais… Oh, c’était quoi ça ? Un grincement, ou plutôt, non, un choc sourd, sur le toit. Des grelots ? Est-ce qu’il venait vraiment d’entendre des grelots ? Florimont se redressa, et se pencha juste assez en dehors de sa cachette pour voir sans être vu. Il avait bien étudié la configuration du salon en jouant à l’espion avec Alexia.

Ah, cette fois c’était un craquement ! Une série de craquements. Qui provenaient de la cheminée ?!  Le petit garçon s’obligea à rester calme, et immobile, et silencieux. Et si c’était un piège des extra-terrestres laveurs de cerveaux ?

Un instant, il crut apercevoir un éclair de couleur rouge, tandis que les grelots semblaient se rapprocher… mais… non, non! Le picotement se fit plus insistant, un peu comme quand Clara-la-pestouille lui avait balancé du sable dans les yeux à l’école. Non, pas maintenant! C’était… vraiment… pas juste… Florimont ne sentit pas sa tête heurter légèrement l’accoudoir rembourré du fauteuil tandis qu’il s’endormait au son des grelots.

*

–          Mais qu’est-ce que tu fais là ?

Quoi, encore? Mais cette fois, ce n’était pas la peste en pyjama rose, mais bien Maman, en pantoufles et robe de chambre, armée d’une tasse de café et d’un air franchement désapprobateur.

Comme c’était Noël, la dispute fut brève, surtout lorsqu’il balbutia une fable sur la façon dont il s’était perdu dans le noir en allant aux toilettes. Tout en bafouillant, il prit soin de faire rouler sa lampe de poche du bout du pied sous le fauteuil, pour dissimuler les preuves, comme un vrai espion. Profitant du fait que l’attention de sa mère soit brusquement détournée par l’arrivée d’Alexia, qui baillait tout ce qu’elle pouvait en se frottant les yeux, Florimontregarda en direction du sapin.  Ses yeux étincelèrent lorsqu’il aperçut la pyramide de cadeaux, de beaux paquets aux couleurs vives, soigneusement étiquetés.

Mais cette vision de rêve perdit tout son intérêt lorsque ses doigts effleurèrent un carré de papier bien plié dans la poche de son pyjama. Tandis que Maman aidait Alexia à déballer ses cadeaux (et seulement les siens, car la petite mettait du cœur à l’ouvrage), et que Papa et la cousine Sophie (l’amoureux dormait encore) était partis prendre une tasse de café, Florimont sorti … la lettre?… de sa poche, les doigts un peu tremblants. Le papier dégageait une légère odeur de cannelle, un peu comme les biscuits que Mamie préparait pour les fêtes. L’écriture était toute ronde, déliée, avec des formes rigolotes, et il la déchiffra lentement.

« Cher Florimont,

As-tu bien dormi? Je suis désolé que nous n’ayons pas pu nous croiser, mais vois-tu, j’ai un anonymat à préserver. J’espère que cette lettre sera une preuve suffisante, n’hésite pas à la partager avec ta petite sœur.

Je te souhaite un très joyeux Noêl et à l’année prochaine!

PS : Merci  d’avoir mangé les biscuits à ma place, chaque année je frôle l’indigestion… Les rennes étaient ravis des carottes, peut-être peux-tu suggérer à ta maman d’en laisser un peu plus la prochaine fois ? »

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2 réponses à “Le Calendrier de l’Avent, 24 Décembre: Enguirlandé!

  1. Très beau, Merci et très bon NOEL

  2. Tiens, tiens la tante Agathe a encore frappé 😀
    En tout cas, voilà un charmant conte : j’aime beaucoup.
    Merci et à l’année prochaine.
    Passe un très bon Noël. Bises

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