Grignotage n° 214: Tancrède, une uchronie, Ugo Bellagamba

Année 1096. Lorsque son oncle, Bohémond de Tarente, décide d’abandonner Syracuse et de répondre à l’appel à la Croisade lancé par le pape Urbain II, le prince Normand Tancrède de Hauteville y voit la récompense de ses prières vibrantes. Quitter un Occident qui, inexorablement, s’enténèbre, et marcher sur Jérusalem pour délivrer le Tombeau du Christ et baigner dans la lumière de Dieu… Quel destin plus glorieux pourrait-il y avoir pour un jeune chevalier qui a grandi dans l’ombre d’un grand-père conquérant et d’une mère qui lui a enseigné la foi et la dignité ? Pourtant, par-delà Pont-de-Fer, Antioche, et les premiers carnages, la Terre Sainte se révèle bien différente de tout ce que Tancrède avait imaginé. La médiocrité y côtoie le sublime, la vanité le recueillement, et l’Infidèle s’y révèle plus honorable que le Croisé. Dans cet univers à la géopolitique complexe, le cheminement d’un chevalier ne peut être simple. Tour à tour apostat et assassin, paria et maître, de l’Anatolie à la Mer Caspienne, Tancrède devient l’acteur historique qui, d’abord en son for intérieur puis par ses actes, est appelé à changer le destin de deux mondes, en accomplissant la plus difficile des conquêtes : celle de son identité.

J’avais été attirée par la quatrième de couverture de ce livre, et j’étais curieuse de voir comment on pouvait placer une uchronie au temps des Croisades. Si l’idée de départ de ce livre m’a séduite, j’ai trouvé pas mal de défauts à la façon dont elle était exploitée.

Le texte étant écrit à la première personne, à la manière d’un journal, il est facile de suivre l’enchaînement des pensées de Tancrède, et on assiste « de l’intérieur » à sa métamorphose, de Croisé exalté et extrémiste à Maître des Assassins converti à l’Islam. Pourtant, cette transformation m’a paru peu crédible, car si son cheminement intellectuel est très précisément décrit, je trouve qu’il manque au récit une dimension plus émotionnelle qui permettrait une certaine empathie vis à vis de ce personnage. En effet, même lorsque celui-ci tombe amoureux ou est confronté au malheur, le récit reste presque entièrement factuel.

Le roman est divisé en deux parties. Dans la première, on assiste à de nombreuses batailles aux côtés de Tancrède, et si le récit des combats semble un peu répétitif, il est intéressant de suivre le chevalier dans sa découverte des différentes cultures et des peuples de cet Orient que les Croisés conçoivent comme un ensemble homogène. Dans la seconde partie, il s’agit plutôt d’intrigues politiques, intéressantes mais très complexes, et j’avoue avoir eu du mal à comprendre tout ce que les décisions et manipulations de Tancrède impliquaient dans cette mosaïque de villes et de royaumes qui s’affrontent. De plus, le manque de transition entre ces deux phases du récit m’a un peu gênée, et comme dit au-dessus, j’ai trouvé que l’ensemble manquait de cohérence.

Au niveau de l’écriture, certaines choses m’ont également un peu gênée. Ugo Bellagamba emploie, pour planter son décor, des termes médiévaux (et notamment des noms d’armes ou de pièces d’armures), mais ces descriptions, souvent réduites à des énumérations, ont un côté assez scolaire. De plus, certaines « ficelles » narratives sont un peu trop visibles, surtout quand après avoir fait une ellipse, l’auteur s’arrange pour que ses personnages, au cours d’un dialogue qui, de fait, a du mal à paraître spontané, racontent ce qui s’est passé entre temps. De même, le récit comporte pas mal de tournures de phrases anachroniques, alors que l’auteur tente de tromper son lecteur en se réclamant d’un manuscrit médiéval authentique. Tancrède semble aussi toujours particulièrement au fait de la date du jour et du lieu exact où il se trouve, ce qui est un peu superflu puisque ces informations sont déjà indiquées en début de chapitre.

J’ai par contre beaucoup aimé les quelques incursions visibles de la science-fiction dans le récit, et notamment les fameuses « machines de Héron » redécouvertes par un compagnon de Tancrède. Dommage que le livre ne comporte pas plus de détails à ce sujet, exploiter davantage cette idée aurait pu être intéressant. L’épilogue, malheureusement très utopiste, qui présente un Tancrède désormais plus serein, après avoir réussi à établir la paix entre musulmans et chrétiens, m’a laissé, par la façon dont il est écrit, une impression assez positive.

Le récit repose effectivement sur une idée intéressante, mais je ne me suis pas du tout attachée au personnage principal, et de nombreux petits défauts dans l’écriture et la narration m’ont empêchée d’apprécier cette uchronie. 

Si je devais donner une note: 4,5/10
Marmotte pas convaincue

Publicités

2 réponses à “Grignotage n° 214: Tancrède, une uchronie, Ugo Bellagamba

  1. Je viens de l’acheter et je me réjouis de voir ce qu’il en est. Au fait, as tu des nouvelles du livre que j’ai gagné grâce à toi? parce que je ne l’ai jamais reçu. Merci

    • Je viens d’envoyer un mail à l’auteure pour voir ce qu’il en est, je pense qu’il a bien été envoyé, et j’ai bien recopié l’adresse que tu m’avais donné, donc je te tiens au courant 🙂

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s