* Le Rendez-Vous (Littéraire!?) de Minidou et Marmotte * Chapitre 1

Bonjour! Voici la première édition du Rendez-Vous (Littéraire! enfin, on essaie) de Minidou et Marmotte! Tous les deux mois, à date fixe, nous vous présenterons nos impressions sur un texte, classique ou non, mais que nous jugeons un peu difficile, ou éloigné de nos lectures habituelles, et pour lequel nous avons décidé que deux lectrices (averties?!) valaient mieux qu’une. 

***

Pour le premier chapitre de ce rendez-vous, nous avons sélectionné un recueil de poèmes d’Arthur Rimbaud, Illuminations.

Rimbaud a dix-neuf ans lorsqu’il entreprend l’écriture de ses derniers poèmes qui constitueront les Illuminations. En 1875, à vingt ans, il choisit le silence. De l’homme comme de son œuvre, on a, depuis plus d’un siècle, tout dit et tout écrit : adolescent génial, voyou voyant, poète maudit, mythe moderne de la révolte. Il reste donc à lire ses textes et à partager une aventure poétique unique.

J’ai assez vite renoncé à lire les nombreuses notes de bas de page présentes dans mon édition, d’abord, parce qu’elles étaient presque aussi alambiquées que les poèmes en eux-mêmes, ensuite, parce que je n’avais pas envie, pour cette première lecture globale, qu’on me propose une interprétation toute faite.

En lisant Illuminations, le lecteur se voit proposer une sorte de voyage. A la fois récit et poésie, sans que la frontière entre les deux soit clairement définie, chaque texte constitue une scène d’une histoire,  une recherche d’ambiance à travers un paysage, ou encore un passage introspectif.  Le tout m’a donné une impression de clair-obscur et de paradoxe, avec des textes extrêmement lumineux (en même temps, vu le titre du recueil…), et des pages plus sombres, plus cyniques.

Ce recueil m’a assez souvent fait penser à mes lectures de Nerval, notamment pour les allusions à l’Orient et aux mythologies antiques, et à Baudelaire, pour cette alternance d’exaltation et de désenchantement et aussi pour le côté très urbain de certains poèmes en prose décrivant (je crois) Londres.

Les thèmes de la parade, du travestissement,  de l’illusion, sont récurrents dans la plupart des poèmes, en tout cas, ce sont ceux qui m’ont paru les plus évidents, la plupart des poèmes demeurant tout de même plutôt hermétiques au premier abord. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié cette ambiance à la fois contrastée et complexe, cette impression de ne jamais savoir sur quel pied danser que m’ont laissée la plupart de ces textes. En effet, leur dimension exigeante si on cherche vraiment à les comprendre est alliée au fait qu’on peut également se contenter de se laisser porter par les images et les ressentis qu’ils transmettent.

*** Extrait ***

Un des poèmes, parmi les plus « solaires » et les plus métaphoriques, m’a particulièrement plu, je vous laisse le découvrir.

Aube

J’ai embrassé l’aube d’été.
Rien ne bougeait encore au front des palais. L’eau était morte. Les camps d’ombres ne quittaient pas la route du bois. J’ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.
La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.
Je ris au wasserfall blond qui s’échevela à travers les sapins: à la cime argentée, je reconnus la déesse.
Alors je levai un à un les voiles. Dans l’allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l’ai dénoncée au coq. À la grand’ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.
En haut de la route, près d’un bois de lauriers, je l’ai entourée avec ses voiles amassés, et j’ai senti un peu son immense corps. L’aube et l’enfant tombèrent au bas du bois.
Au réveil il était midi.

*** Blabla autour de l’oeuvre ***

Avec Minidou, nous avons aussi eu l’occasion de discuter de notre lecture, et de débattre sur plusieurs points. Voici une partie de notre conversation. Vous trouverez la suite de la discussion, ainsi que la chronique complète de Minidou, sur son blog Return the Pages.

Rimbaud, à lire avec ou sans notes ?

Minidou : Parce que finalement avec les notes, on te propose une interprétation, mais tu te rends compte que tu aurais pu ne pas voir les choses de la même façon et ça t’embrouille encore plus. Mais d’un autre côté, sans notes, j’ai un peu l’impression d’être lâchée toute nue en territoire hostile.

Marmotte : Ouai mais les notes, ça interrompt la lecture, c’est désagréable ! En tout cas moi ça me déconcentre, et quand tu lis de la poésie, t’arrêter toutes les deux lignes, c’est un peu agaçant.

Minidou : Voui, moi j’ai fait ça bizarrement, vu que j’ai d’abord lu mon édition sans notes, j’ai lu toutes les notes à la fin et finalement j’ai un peu laissé tomber parce que soit c’était trop tiré par les cheveux, soit ça s’éloignait trop de l’idée que je m’étais déjà faite du poème soit ça la rejoignait, mais dans ce cas-là, les notes ne servent plus à rien.

 Marmotte : En plus, les notes de mon édition étaient malheureusement assez alambiquées, d’autant que l’auteur des notes passait son temps à régler ses comptes avec les autres universitaires qui avaient annotés d’autres éditions, et dans ces conditions,  pour le lecteur lambda qui n’y connaît pas grand-chose à Rimbaud, je suis pas sûre que ça soit un plus.

Minidou : Donc ça peut ouvrir des pistes intéressantes quand on cherche à faire un commentaire de texte, mais quand on veut juste lire la poésie et se laisser porter par le texte… finalement c’est pas très utile.

*** Un petit jeu? ***

A dans deux mois, pour le chapitre 2, dédié à un roman de … oh bah je vais pas vous le dire non plus, faut garder la surprise!

Mais si vous voulez, on peut jouer, je vous donne la première lettre et le nombre de lettres suivantes, à vous d’essayer de deviner! Vous pouvez proposer un nom complet, ou une lettre à la fois!

D_ _ _ _ _ _

A bientôt!


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12 réponses à “* Le Rendez-Vous (Littéraire!?) de Minidou et Marmotte * Chapitre 1

  1. C’est sympa cette idée de lecture, ça permet de s’essayer à des lectures qu’on aurait peut-être pas pris le risque de faire.

    • Merci miss! Les Illuminations me tentaient depuis un moment, mais je n’en avais lu que des extraits, se faire des mini lectures communes, c’est un bon moyen de se motiver!

  2. Je propose Diderot ! ^^ Je trouve bien cette initiative d’article. Ca peut comme dit ci-avant nous permettre de faire le premier pas vers des auteurs classiques souvent délaissé. Même si on est censé les avoir lu à l’école ! ^^

    • Merci Grizelda! De Rimbaud, j’avais seulement lu Une saison en Enfer, qui m’a quand même paru un tout petit peu moins complexe (bah oui, c’est versifié, donc d’une certaine façon, c’est moins déroutant). Avec Minidou, on se creuse la tête pour les prochains rendez-vous afin de trouver des livres peu connus ou un peu « barrés », ça risque d’être rigolo 🙂

    • Je vote Diderot aussi (et je précise que je n’ai lu les commentaires qu’après avoir cherché l’auteur potentiel ^^)

  3. Saint Epondyle

    Honte sur moi ! Ma bannière n’est pas encore prête pour votre rendez-vous ! Bouuuh, honte, honte, honte !

    Bon concept en tous cas, même si je ne pense pas me mettre à Rimbaud avant quelques temps, j’adhère à l’idée et j’attendrais le rendez-vous avec Mr. D______ avec impatience. Je tente ma chance : Dracula ? 😀

    • Pas de souci pour la bannière, prends ton temps 🙂
      Pour Monsieur D. j’attends encore quelques propositions, puis j’éditerai l’article pour afficher le nom dans quelques jours!

  4. Les Illuminations j’ai adoré mais beaucoup moins qu’une saison en enfer dans lequel on ressent vraiment la descente vers une sorte de folie. D’ailleurs tu dis bien que parfois les Illuminations sont un peu hermétique à toute interprétation. C’est son travail le plus abouti. Moi j’aime bien le côté démoniaque d’une Saison… Sinon je pense à Diderot bien entendu ! >A oins qu’on ne cherche le titre d’un roman et là … je ne vois pas !

  5. J’aime beaucoup votre idée et ton article ! Je propose Dickens !

  6. J’aime beaucoup l’idée de ces rdv littéraires. Cela faisait tellement longtemps que je n’avais pas entendu parler de Rimbaud. ^^ Personnellement, j’aime bien lire une fois les poêmes seule et ensuite, le relire avec les annotations car des fois, celles-ci apportent vraiment un plus à la compréhension donc ce serait dommage de s’en priver complètement. Après, tout dépend de l’édition effectivement et de la qualité de ces notes. Vivement le prochain rdv ! Si j’ai une idée pour le prochain auteur, je passerai t’en faire part. 😉

  7. Chapeau en tout cas car s’attaquer à Rimbaud c’est pas évident, j’ai l’impression qu’il faut parfois prendre des substances illicites pour comprendre ses textes xD

    • On a surtout carburé au thé et au chocolat, mais je suis sure qu’à fortes doses ça peut avoir autant d’effet que n’importe quelle substance moins licite :p

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