Grignotage n°203: Loin des Mosquées, Armel Job

Turc grandi en Belgique, Evren achève à Cologne de brillantes études de comptabilité. Hébergé chez son oncle, ce garçon de vingt et un ans, encore chaste et au visage ingrat, s’éprend de sa cousine – la belle et sensuelle Derya. Rentré en Belgique, Evren fait part aux siens de sa décision : il va épouser Derya. Une délégation familiale se rend donc en Allemagne pour demander la main de la jeune fille. Mais les choses ne tournent pas exactement comme prévu : Derya éconduit Evren.

Outragés par cette humiliante fin de non-recevoir, les parents d’Evren cherchent un nouveau parti pour leur fils et choisissent Yasemin, une paysanne anatolienne de seize ans, vive et dégourdie, qu’Evren connaît à peine. Les noces ont lieu, et le jeune couple apprend peu à peu à s’apprivoiser. Jusqu’au jour ou Derya – dont Yasemin ignore l’existence – débarque à l’improviste en Belgique.

Merci aux Editions Robert Laffont et à Livraddict pour ce partenariat, j’ai encore une fois fait une belle découverte!

Dans ce roman, on découvre la vie d’une famille turque répartie entre la Belgique, la Turquie et l’Allemagne, grâce aux points de vue alternés de quatre personnages:  Evren, Derya, Yasemin, et René, un Belge ami de la famille d’Evren.

Il est intéressant de constater que ces personnages, assistant aux mêmes évènements, ont des visions très différentes, et surtout, on s’aperçoit que la façon dont ils voient les autres est souvent erronée. Par exemple, Evren voit Yasemin comme une jeune fille douce, vertueuse, alors qu’elle est bien plus que cela. Ce sont d’ailleurs les personnages féminins qui donnent le ton dans ce roman, les hommes étant souvent des spectateurs.

J’ai apprécié cette diversité dans les points de vue, qui permet de révéler la complexité des personnages et des situations qu’ils rencontrent. En effet, il y a une énorme différence par exemple entre Yasemin, qui a vécu dans un village en Turquie avant d’arriver en Belgique pour se marier, et Derya, qui a grandi en Allemagne, fréquente le Gymnasium, et se comporte exactement comme une adolescente européenne. J’ai beaucoup aimé la complexité de Yasemin, prête à se battre, avec des armes parfois inattendues, pour défendre son mariage, mais surtout le courage et la beauté du personnage de Derya, proche d’une héroïne tragique.

Dans un cas comme dans l’autre, l’auteur est parvenu à ne pas tomber dans la caricature, et à les doter de personnalités profondes, comme pour la plupart des personnages du récit. Ils ont tous un rapport différent avec leur religion, leur culture, le respect des traditions. Je me suis sentie assez proche du point de vue de René, qui ne connaît pas du tout la culture turque, et la découvre en fréquentant la famille d’Evren.

L’intrigue en elle-même m’a paru assez simple, mais bien construite, et  c’est surtout la justesse de la description des personnages qui lui donne sa complexité. L’écriture d’Armel Job, sans fioriture, mais simple et naturelle, rend la lecture très fluide, et la dimension sociologique du roman, bien que sensible, n’alourdit pas du tout la lecture.

La fin, marquée par l’ironie du destin,  m’a laissé un goût amer. J’aurais tout à fait pu apprécier ce livre sans ce retournement de situation et de moralité, mais cela donne aussi du réalisme et de la crédibilité à l’intrigue.

Si je devais donner une note: 8,5/10

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7 réponses à “Grignotage n°203: Loin des Mosquées, Armel Job

  1. Je n’avais pu postuler à ce parte mais le roman me tentait énormément, je me l’offrirai dans quelques mois (quand ma PAL aurait baissé- ben quoi on peut rêver non? ^^)
    Bises

  2. Ça m’a l’air intéressé, j’en prends note… de quelle nationalité est l’auteur, au fait ? Pour ce genre de roman, ça peut être intéressant à savoir 😉

  3. J’aime beaucoup l’écriture d’Armel Job et j’ai déjà noté chez lui cette ironie du destin dont tu parles. Je ne manquerai pas de lire cet ouvrage !

  4. Je suis bien tentée de le lire.
    Ton avis me le confirme.Merci

  5. Tu exprimes bien mieux que moi ta conclusion, j’étais déçue de la fin, même si elle est assez « logique ». Effectivement, l’intrigue n’est la que pour mieux découvrir les 2 héroïnes de l’histoire. D’ailleurs, on suit finalement assez peu la version d’Evren…

  6. Comme toi, je suis ravie d’avoir fait cette découverte grâce à Livraddict ! Je partage ton avis sur ce joli roman mais moi, j’ai beaucoup aimé la fin 😀
    Je me suis permis de faire un lien vers ton billet dans le mien.
    Au plaisir de te lire ^^
    Cajou

  7. Et ça y est, un livre de plus dans ma whish list 😉

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