Grignotage n°197 : Anna Karénine, Léon Tolstoï

Lorsque Anna Karénine, une femme belle, intelligente et sensible, tombe amoureuse du comte Vronskï, elle lui sacrifie son mariage prestigieux, ses relations avec les grandes familles de Moscou et de Saint-Petersbourg, et même son fils, qu’elle abandonne pour pouvoir vivre avec son amant. Cette liaison adultère lui vaudra d’être considérée par la noblesse et la bourgeoisie russes comme une « femme perdue ».

Le roman met également en scène deux autres couples, ainsi qu’une multitude de personnages si travaillés qu’on a l’impression, après la lecture, qu’ils ont vraiment existé, et qu’on les connaît intimement. J’ai d’ailleurs été assez surprise de découvrir que si le personnage d’Anna avait donné son nom à l’ouvrage, elle n’occupe qu’une partie du récit, l’intrigue étant partagée assez équitablement entre son histoire avec Vronskï, les difficultés du couple Oblonski, et la quête de bonheur de Lévine et Kitty.

Cette multiplicité des intrigues et des personnages donne lieu à une multitude de tableaux d’une grande richesse, et à une description extrèmement complète et complexe de la Russie à la fin du XIXème siècle. Tolstoï alimente son roman, et les réflexions de ses personnages, de ses propres idées sur l’actualité de son pays, et de nombreux dialogues et débats rendent compte des changements économiques et culturels qui se sont opérés au moment de la rédaction du livre. J’ai d’ailleurs regretté que mon édition ne soit pas pourvue de notes, car je ne connais pas du tout l’histoire de la Russie, et j’aurais apprécié un complément d’informations pendant la lecture!

Comme je l’ai dit plus haut, l’auteur est parvenu à rendre ses personnages extrèmement crédibles et attachants. Tout en représentant différentes classes sociales et professions de la société russe, ils ne sont pourtant absolument pas stéréotypés et ont tous une personnalité très riche, jusqu’à leurs tics de langage ou de comportement qui les identifient immédiatement auprès du lecteur. La structure du roman est d’ailleurs telle que lorsqu’on quitte certains personnages pour une centaine de pages, on les retrouve avec beaucoup d’intérêt par la suite, et, considérant la taille du livre, je n’ai ressenti aucune lassitude.

En effet, malgré le grand nombre de lieux et de personnages, Tolstoï ne s’embarasse pas de longues descriptions. En quelques détails choisis, il parvient à planter son décor de façon très sobre, et s’attache davantage à retranscrire les comportements et les sentiments de ses personnages. On retrouve donc dans ce livre beaucoup de dialogues, de scènes où les mouvements et les pensées sont retranscrits de façon très vivantes. Seuls quelques monologues intérieurs de Lévine m’ont un peu ennuyée, principalement parce qu’ils étaient en relation avec des faits historiques que je ne connaissais pas.

Pourtant, Lévine reste, avec Anna, un des personnages les plus intéressants et attachants du roman. Alors que le comte Vronskï m’a paru très pâle, moins développé que les autres protagonistes, le personnage d’Anna m’a beaucoup plu. On ressent  nettement, malgré son destin tragique, son optimisme, son envie de vivre. J’ai trouvé qu’il s’agissait d’un personnage lumineux, mais également traversé d’angoisses et de doutes, et donc très réaliste.

Le seul reproche que j’ai pu faire pendant ma lecture concerne la fin (en fait en relisant mes chroniques je me trouve très critique envers les fins de roman…). Après le dénouement brutal de l’intrigue, où la tension narrative atteint un point culminant, le roman est clos par une sorte d’épilogue, réservée aux réflexions (métaphysiques?) de Lévine… dont je n’ai pas vraiment vu l’intérêt, en fait…

Mais bon, je râle beaucoup, quarante pages de trop sur un total de mille, c’est quand même un score très honorable pour un roman très riche qui vaut vraiment le coup d’être lu!

Si je devais donner une note: 9/10

Livre lu dans le cadre de Classiques au coin du feu.

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7 réponses à “Grignotage n°197 : Anna Karénine, Léon Tolstoï

  1. Ce livre fût une excellente lecture et comme toi je pense qu’il vaut le coup d’être lu.

  2. Ton avis est particulièrement réussi et tu me donnes envie, moi qui m’imagine que ce livre va être looooong, ça donne plus le goût grâce à toi. Allez, en 2013, je me laisserai tenter :p

    Bizz copine !

  3. Très beau billet qui donne envie de découvrir ce grand classique de la littérature russe. Il me semble que je n’ai encore lu Tolstoï… un vide qu’il me faut combler de toute urgence.
    Merci.
    Belle après-midi. Bonne lecture.

  4. Les personnages sont tellement vivants que l’on est triste de les quitter à la fin … Je suis tout à fait d’accord, ils sont extrêmement riches et travaillés, et ce livre est un pur bonheur 😉 !

  5. Boudiou que tu donnes envie de se plonger dedans !
    Bon un pavé reste un pavé, mais je me laisserais peut être tentée.

  6. J’ai beaucoup aimé! Les personnages, féminins notamment, sont bouleversants.

  7. J’ai adoré ce livre. Et en effet, les personnages ont l’air réellement vivants^^

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