Grignotage n°189: Nous sommes cruels, Camille de Peretti

« Julien et Camille sont faits pour s’entendre. Fascinés par la littérature du XVIIIe siècle, élèves brillants, cyniques, ils ont la conviction de s’être trompés d’époque. Et surtout une dévorante envie de s’amuser et d’affirmer leur toute-puissance. Alors quoi de mieux pour combler leurs aspirations que de se prendre pour le vicomte de Valmont et la marquise de Merteuil ? Quelques règles, de nombreuses  » proies  » à séduire, un maximum de  » trophées « … Les voilà  » partenaires de crime « , maîtres d’un jeu cruel dont ils tirent les ficelles en redoutables manipulateurs. Mais c’est un jeu dangereux, qui risque de se retourner contre eux et de les précipiter dans ce qu’ils redoutent le plus : devenir des adultes… »

Ecrire une version moderne des Liaisons Dangereuses peut sembler très ambitieux, mais j’ai trouvé que le pari était réussi. Le style un peu ampoulé de Camille et Julien, qui se plaisent à citer des passages de leur livre fétiche, alterne avec celui d’autres personnages, et l’auteure est parvenue à les rendre tous très reconnaissables, on appréhende très facilement leur personnalité, leurs sentiments, leurs attentes, au travers de lettres pourtant assez courtes.

Ce roman épistolaire se lit très vite, une fois qu’on s’est habitué à ces lycéens parisiens, prétentieux,  aisés, et passionnés de littérature. Sont mis en scène les déboires amoureux d’un groupe d’amis qui s’éloignent géographiquement, mais gardent contact par lettres (évidemment) mais aussi par mails et textos. Ces adolescents évoluent beaucoup au cours du récit, et opèrent des choix qui les transforment peu à peu en jeunes adultes. J’ai beaucoup apprécié les personnages d’Esther et de Diane, toutes les deux fragiles, mais de façon différente.

Julien et Camille essaient d’abord, tout en empruntant le rôle des personnages de Laclos, de se détacher de l’histoire des Liaisons Dangereuses, afin d’éviter de se détruire mutuellement. Cependant, à mesure que le récit avance, que leur jeu se fait plus serré et aussi plus cruel, la fin tragique semble inéluctable, car à partir d’un certain moment, menés par leur orgueil, ni l’un ni l’autre n’est plus capable de faire marche arrière. Il est très intéressant de voir que les personnages, tout en connaissant parfaitement l’intrigue des Liaisons Dangereuses, ne parviennent pas véritablement à s’en détacher, et courent plus ou moins consciemment à leur perte.

Seul bémol: j’ai trouvé que certaines lettres ne faisaient pas vraiment avancer les récits, notamment la correspondance entre Camille, et une femme qu’elle considère comme sa grand mère. Evidemment, celà permet de nous présenter la jeune fille dans un autre contexte, mais celà ne me l’a pas rendue plus sympathique, bien au contraire!

Pour le reste, Nous sommes cruels est un roman intelligent, fascinant, avec une intrigue passionnante et une fin magistrale. Comme dans Les liaisons dangereuses, on suit les personnages en se demandant « jusqu’où vont-ils aller? » et on peut difficilement refermer le livre avant d’avoir eu la réponse!

Merci à MarionJB pour cette superbe découverte!

Si je devais donner une note: 9,5/10

Publicités

2 réponses à “Grignotage n°189: Nous sommes cruels, Camille de Peretti

  1. Super ! Tu l’as lu rapidement dis donc ! Je suis ravie qu’il t’ait plu. J’avais carrément adoré ! Et pour info, l’auteur a écrit un autre livre qui raconte la vie de Ninotchka dans sa nouvelle résidence à Paris, et Camille lui rend visite. Un genre de « spin-off », donc ! Il me semble que le nom c’est « Nous vieillirons ensemble ».

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s