Grignotage n°184: Nana, Emile Zola

Couverture NanaA la fin du Second Empire, Nana commence à se faire connaître, à la fois comme actrice et comme courtisane. Emile Zola décrit ensuite son ascension: elle deviendra une des femmes les plus convoitées de Paris, détruisant dans son sillage les couples et les familles, et entraînant la ruine et parfois la mort de ses amants.

Le début du roman est assez déstabilisant: on assiste à la première représentation donnée par Nana, du point de vue de nombreux personnages, qui se croisent au théâtre. Ces nombreux personnages, le plus souvent des jeunes nobles ou des courtisanes, forment un microcosme qui représente et résume les réactions de Paris face à la renommée grandissante de Nana. Au vu de leur nombre, il est assez difficile au début de se rappeler qui est qui. Cependant, certains caractères m’ont davantage marquée, notamment les hommes dont la vie va être dévastée par leur passion pour Nana.

Celle-ci est évidemment décrite comme très belle, et Zola réinvente dans ce roman le mythe de la femme rousse au caractère flamboyant. Cependant, il m’a semblé difficile, voire impossible, de m’attacher à cette héroïne, à la fois fascinante et repoussante.  Nana devient en effet, à mesure de son ascension, et sans le vouloir vraiment (l’auteur précisant à plusieurs reprises que bien qu’assez bête, elle n’est pas méchante), une sorte de créature fantastique et maléfique, une ogresse qui dévore sans pitié les fortunes et les hommes.

Zola n’épargne à son lecteur aucun détail de la luxure et de la déchéance morale de ses personnages, insistant sur les nombreuses transactions financières qui régissent la vie et les faveurs que prodigue son héroine. Le tout est écrit dans un style très accessible (oui, c’est possible!), dont les descriptions, assez courtes, riches sans être surchargées, permettent de très bien se représenter l’époque, les lieux, le cynisme et l’hypocrisie des personnages. Chaque chapitre se passe dans un lieu différent, et relate une étape de l’ascension de Nana, la structure du roman est donc très facile à suivre, malgré le nombre de protagonistes et de péripéties.

Alors que j’ai beaucoup aimé ma lecture, presque un coup de coeur, j’ai été déçue par la fin moralisatrice (un peu comme celle des Liaisons Dangereuses, par exemple), qui m’a semblé arriver brutalement, après une ellipse un peu bâclée.

Malgré ce bémol, j’ai quand même passé un très bon moment avec ce roman, que j’ai trouvé passionnant et qui m’a donné envie de lire d’autres romans de Zola.

Si je devais donner une note: 9/10

Ce livre a été lu dans le cadre du challenge Classiques au Coin du Feu.

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9 réponses à “Grignotage n°184: Nana, Emile Zola

  1. Ton avis me donne vraiment envie de découvrir ce livre!

  2. Un ami m’en a dit du bien et ton avis me donne trop envie de le lire.
    Je crois que je ne vais pas tarder à le lire.^^

  3. Andrea Kolinsky

    Ce roman m’a toujours écoeurée par son sexisme. Comparer Nana à une mouche à merde (la « mouche dorée ») et la rendre « responsable » de la dégradation des hommes du Second Empire c’est comme dire à une femme violée qu' »elle les a provoqués ». Tout ça, prétendument, c’est la faute à Nana – c’est immonde ! Les écrivains du XIXe siècle sont sexistes, et la fin bâclée (je suis bien d’accord avec toi) ne sert qu’à « enfoncer » l’héroïne, chargée de tous les maux, comme c’est commode !

    • C’est vrai qu’évidemment, Nana n’a pas le beau rôle! Pourtant, j’ai trouvé que Zola montrait également la complaisance et le cynisme des hommes qui la fréquentaient, et de la société du Second Empire en général, ce qui nuance à mon avis le côté sexiste que tu trouves dans ce roman: les hommes mis en scène dans le roman apparaissent aussi dépravés que les femmes…

  4. Les Liaisons dangereuses, une fin moralisatrice? Ça se discute.

    • Bon, ce que je voulais dire, c’est que Nana finit comme Madame de Merteuil, en pire. Et quand même, dans les Liaisons Dangereuses, les « méchants » sont « punis » à la fin… bon en fait tous les personnages souffrant beaucoup, le terme ‘moralisatrice’ n’était peut-être pas le plus adéquat^^

  5. Je n’ai lu que « Germinal » de Zola (que j’ai adoré), je ne sais pas trop lequel lire ensuite.. J’hésitais entre « Nana » et « Au bonheur des dames », ton avis va peut-être me faire pencher vers le premier..

  6. Ah, Nana… je l’ai lu 3 fois… j’ai adoré! Zola en général d’ailleurs j’ai aimé!

  7. Cela fait un moment que je souhaite me replonger dans des classiques, voici une belle suggestion !

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