Archives quotidiennes : 28/01/2012

Grignotage n°183 à 4 mains: Les lames du cardinal, Pierre Pevel

Couverture Les Lames du Cardinal, intégrale« Paris, 1633. Les dragons menacent le royaume.Surgis de la nuit des temps, ils sont décidés à restaurer leur règne absolu. Usant de sorcellerie, ils ont pris apparence humain et créé une puissante société secrète, la Griffe noire, qui conspire dans les plus grandes cours royales d’Europe.
Pour déjouer leurs complots, Richelieu dispose d’une compagnie d’aventuriers et de duellistes rivalisant de courage, d’élégance et d’astuce. Des hommes et une femme aux talents exceptionnels, prêts à braver tous les dangers et à risquer leur vie pour la Couronne : les Lames du Cardinal ! »

Cette chronique étant rédigée à quatre mains, les avis de Mister Marmotte apparaîtront en italique!

Ayant découvert les romans de Pierre Pevel grâce au Cycle de Wielstadt, que j’avais beaucoup apprécié, je me suis lancée dans ma lecture des Lames du Cardinal avec un très bon a-priori. Je n’ai effectivement pas été déçue, on retrouve bien dans cette trilogie ce mélange de fantasy et de roman historique qui m’avait beaucoup plu.

Mélange d’histoire et de fantasy, certes, mais pas aussi réussi, du moins selon moi. Le cycle de Wielstadt faisait preuve de plus d’originalité et de fraicheur, là où celui des Lames du Cardinal s’inscrit dans un plus grand classicisme.

Les personnages sont tous intriguant et attachants, même si leur nombre empêche qu’on s’intéresse à tous de la même façon (j’aime beaucoup Saint-Lucq, Agnès et Ballardieu). Chacun d’eux possède une forte personnalité, marquée par des évènements antérieurs au récit, dont certains seulement nous seront dévoilés. Les différents protagonistes conservent donc une certaine part de mystère, même une fois la dernière page tournée. On retrouve dans leurs caractères certaines similarités avec des personnages d’Alexandre Dumas. D’ailleurs, le récit comporte un certain nombre de clins d’oeil à cet auteur, ce que j’ai particulièrement apprécié. Pevel fait par exemple magnifiquement revivre d’Artagnan et Athos.

Par ailleurs, la présentation de cette galerie de personnages prend un certain nombre de pages au début du premier tome… passage descriptif un peu fastidieux, qui a beaucoup retardé mon immersion dans l’histoire. Je choisirais quant à moi La Fargue, Marciac, et le Cardinal. Et, à la réflexion, St-Lucq aussi.

L’auteur privilégie un style d’écriture très visuel, presque cinématographique, qu’il s’agisse de décrire la ville de Paris, ou les combats et les courses poursuites qui jalonnent le récit. On s’immerge donc très facilement dans l’histoire, même si, notamment dans le dernier tome, j’ai trouvé que certains raccourcis d’écriture, certaines ficelles  étaient utilisés un peu facilement, de façon trop attendue, ce qui fait que l’émotion ou le suspense générés par certaines parties du livre tombent parfois un peu à plat.

 Les descriptions sont réussies dans toute la saga… mais personnellement, j’ai trouvé certains passages répétitifs, notamment ceux rappelant que l’odeur des villes, à l’époque, n’était pas des plus agréables… déjà dans le Cycle de Wielstadt, ce détail était rappelé régulièrement. Mais ici, j’ai trouvé que c’était ici excessif, pesant.

L’intrigue en elle-même exploite avec bonheur certains évènements réels et fait intervenir des personnages historiques, à commencer bien sûr par Louis XIII et Anne d’Autriche. Le récit est riche en retournements de situations, en trahisons et en personnages aux motivations ambiguës, bref, du grand spectacle, parfois un peu cliché, mais pas désagréable dans l’ensemble. L’auteur explore le thème des dragons avec une bonne dose d’imagination, et donne ainsi à son intrigue un contexte à la fois original et cohérent. 

« Du grand spectacle »… le mot est juste. Pierre Pevel a développé ici une intrigue flamboyante, intense et haletante, utilisant habilement les classiques du roman de cape et d’épée pour de petits feux d’artifice d’action à intervalle régulier, avant un final en apothéose pour le moins jouissif. Ah, bah justement, moi, j’ai été déçue par le final. On sent que Pevel a voulu mettre en place une grande bataille, un titanesque « boss de fin », mais les Lames et leurs alliés en viennent à bout un peu trop facilement à mon goût…

Autre petit bémol pour ma part: même si on suit l’histoire et la progression des personnages avec un intérêt constant (quoique, vers la fin, trop de péripéties tuent les péripéties…), j’ai eu, après avoir refermé le livre, l’impression que l’intrigue avait été un peu confuse, à tel point que j’ai pu me demander « mais, au fait c’était quoi déjà, le fil conducteur? ».

Ce livre a les défauts de ses qualités. Avec autant de personnages aussi héroïques et talentueux, difficile de leur donner à tous du méchant à combattre sans donner, soit dans la confusion, soit dans la bataille rangée comme dans le Seigneur des Anneaux. Mais les batailles rangées commencent à devenir un poncif du genre quelque peu lassant. En retour, il est vrai que suivre chaque personnage dans l’intrigue demande parfois un peu de concentration.

Malgré ces défauts j’ai passé un très bon moment de lecture et je me suis surprise, à plusieurs reprises, à ne plus pouvoir lâcher ce livre! Petite déception malgré tout du point de vue de l’édition: l’intégrale de Bragelonne comporte beaucoup de coquilles!

Si je devais donner une note: 8/10

Quant à moi, je mettrais plutôt 7/10.
Je m’attendais à retrouver dans les Lames certaines caractéristiques de Wielstadt, qui m’en avait fait tomber amoureux. Une pincée d’originalité, d’espièglerie, mâtinée de rigueur historique… Si cette dernière est restée, les deux premières m’ont manqué, et même si elles ont été remplacées par l’éclat particulier, ardent, d’une intrique spectaculaire. 

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