Grignotage n° 181, Le jeu de l’ange, Carlos Ruiz Zafon

Couverture Le Jeu de l'ange« Barcelone, années 1920. David Martin, dix-sept ans, travaille au journal La Voz de la Industria. Son existence bascule un soir de crise au journal : il faut trouver de toute urgence un remplaçant au feuilletoniste dominical. Sur les conseils de Pedro Vidal, chroniqueur à ses heures, David est choisi. Son feuilleton rencontre un immense succès et, pour la première fois, David est payé pour ce qu’il aime le plus au monde : écrire.
En plein succès, David accepte l’offre de deux éditeurs peu scrupuleux : produire à un rythme effréné des feuilletons sous pseudonyme. Mais après quelques années, à bout de force, David va renoncer. Ses éditeurs lui accordent alors neuf mois pour écrire son propre roman. Celui-ci, boudé par la critique et sabordé par les éditeurs, est un échec. David est d’autant plus désespéré que la jeune fille dont il est amoureux depuis toujours – et à laquelle le livre est secrètement dédié – va épouser Pedro Vidal.
Son ami libraire, Sempere, choisit ce moment pour l’emmener au Cimetière des livres oubliés, où David dépose le sien. Puis arrive une offre extraordinaire : un éditeur parisien, Corelli, lui propose, moyennant cent mille francs, une fortune, de créer une texte fondateur, sorte de nouvelle Bible, « une histoire pour laquelle les hommes seraient capables de vivre et de mourir, de tuer et d’être tués, d’offrir leur âme « 

Merci à Felina d’avoir organisé cette LC et de m’avoir permis de sortir ce livre de ma PAL! J’avais déjà pu découvrir Carlos Ruiz Zafon avec Marina, et vu mon avis, « sympa mais sans plus », je ne pouvais m’arrêter à cette unique lecture. Bah oui, j’aime bien avoir un avis, sinon définitif, au moins assez tranché sur les auteurs que je lis!

Bon, et donc, ce livre? J’exagérerais un peu et je serais volontairement sévère en résumant ma lecture à 600 pages d’ennui, mais je dois avouer que c’est l’impression générale qui m’est restée après avoir refermé ce roman. Trop long, trop fade, bref, alors que le résumé paraissait alléchant, l’histoire elle-même ne m’a pas intéressée (moralité: ce n’est pas parce qu’un livre parle de littérature, d’auteurs, et d’autres livres, qu’une accro de lecture est obligée d’apprécier!).

Tout d’abord, j’ai trouvé que le personnage principal, David Martin, manquait vraiment de personnalité. Le récit à la première personne devrait permettre au lecteur de s’identifier à lui, de rentrer dans les détails de ses pensées… Pourtant, il m’a semblé absolument froid, il ne s’étonne de rien, n’a jamais peur (alors qu’il y a quand même un bon lot de morts mystérieuses et d’évènements plus ou moins inquiétants au cours de l’histoire), son amour pour Cristina, qui est pourtant décrite comme la femme de sa vie, reste le plus souvent très abstrait, à la limite de la crédibilité… Bref, au temps pour l’identification au personnage principal. Par contre, j’ai beaucoup apprécié certains des personnages secondaires, notamment Sempere, le libraire, ou Isabella, dont l’arrivée est comme un rayon de soleil après une première partie de récit sans grand intérêt de mon point de vue. Les autres personnages, même les moins sympathiques, sont souvent décrits avec une certaine profondeur, d’où ma déception face à Martin, qui lui, subit les évènements, et dont certaines des réactions m’ont laissée assez perplexe.

Au niveau du décor, j’ai passé une bonne partie de ma lecture à m’interroger sur l’utilité, pour l’auteur, de placer son récit au début du 20ème siècle. Je veux bien admettre que je ne connais ni l’histoire, ni la culture espagnole (une lacune que j’aimerais réparer, d’ailleurs!), et que certains détails ont donc pu m’échapper  …   D’ailleurs, les personnages s’expriment de façon très actuelle, et ont des sujets de préoccupations assez universels, alors pourquoi choisir un tel cadre historique, si c’est pour si peu l’exploiter? Car à part quelques allusions très légères à certains évènements historiques qui n’ont aucun impact sur l’intrigue, je n’ai trouvé que très peu de descriptions ou d’allusion aux années 1920, et je l’ai regretté, car cette transparence du décor, comme celle du style, auquel je n’ai rien trouvé de particulier, ne m’a pas aidée à me plonger dans le récit!

Pour ce qui est de l’intrigue, évidemment, tous les éléments précédemment cités ne m’ont pas aidé à l’apprécier! Je n’ai pas vraiment vu où l’auteur voulait en venir. En effet, une grande partie du livre s’arrête sur plusieurs années de la vie du personnage principal, alors que la majorité des évènements dont dépend le dénouement (que je n’ai pas trop compris, d’ailleurs, mais j’avoue que vu ma lassitude et l’heure avancée à laquelle j’ai fini le livre, je n’étais peut-être plus très attentive!) se déroulent en quelques mois! L’auteur nous présente tout un pan de la vie de ses personnages, on a plaisir à les voir évoluer au fil des rencontres avec Martin, mais pourquoi faire 600 pages d’un roman dont l’intrigue aurait pu tenir en 200, et être, à mon avis, bien plus passionnant? Certaines idées, d’ailleurs, sont très bonnes, mais trop peu exploitées, par exemple le mystérieux cimetière des livres. En fin de compte, on ne comprend pas vraiment pourquoi Martin se retrouve embarqué dans cette histoire de meurtres, j’ai bien ressenti une accélération du rythme dans le dernier quart du livre, mais les tenants et les aboutissants de l’intrigue m’ont paru mal expliqués, et mis en place de façon très artificielle…

Une lecture ennuyeuse, donc, pour un roman trop long, qui manque de  la substance et de la profondeur nécessaires pour maintenir l’attention du lecteur sur un nombre aussi important de pages. Beaucoup de défauts, tant au niveau du style d’écriture et du protagoniste, que de la narration et de l’intrigue, malgré une bonne idée de départ, et quelques personnages vraiment touchants.

Si je devais donner une note : 3/10

Les avis de mes co-lecteurs: Felina, Luna, pomm, Frankie, Hell-eau, ô pâle étoile, tachas

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12 réponses à “Grignotage n° 181, Le jeu de l’ange, Carlos Ruiz Zafon

  1. A ton contraire, je n’ai pas trouvé que David n’avait peur de rien ! Je trouvais justement que sa peur était bien montrée comme sa panique face aux évènements… Que tout ça était souvent mentionné sans que ça devienne lassant.
    C’est intéressant d’avoir deux avis aussi divisés sur un tel livre 🙂

    Je te souhaite que le prochain Ruiz Zafon – si il y en a un – te soit beaucoup plus agréable 🙂

  2. Bonjour,
    C’est l’Ombre du vent que tu devrais lire, c’est celui là qui est exceptionnel!!!

  3. Effectivement on peut dire que ça n’a pas été une partie de plaisir pour toi. C’est trop dommage. Pour t’expliquer, le cimetière des livres est davantage développé dans « l’ombre du vent ». Ensuite Martin est lié à cette série de meurtres à cause du contrat passé avec Corelli pour le livre. C’est vrai que la fin manque d’explication, mais j’ai été sensible aux descriptions de Barcelone et à l’atmosphère fantastico-angoissante du livre. Merci quand même de ta participation.^^

  4. Pour le lien entre Martin et Corelli, je ne l’ai pas trouvé assez exploité, j’aime bien quand les choses sont plus claires^^ Merci à toi d’avoir organisé cette LC, au moins ce livre est sorti de ma PAL, et j’ai désormais un avis un peu plus tranché sur cet auteur 🙂

  5. Je te dirais bien de retenter l’expérience avec L’Ombre du vent puisque Sempere est un des personnages principaux. J’avais d’ailleurs préféré ce livre au Jeu de l’ange (même si je l’avais beaucoup aimé). Alors tentée?!

    • Un jour peut-être 😉 Mais pas tout de suite, parce que j’ai lu récemment Marina en plus du Jeu de l’Ange, et je n’ai pas envie de replonger dans la même atmosphère dans l’immédiat^^

  6. Ce livre est dans ma pal et ça fait un moment que j’ai envie de le lire, ton avis me refroidie un peu même si, je le sais, je ne tarderais pas à attaquer ce bouquin. Je possède également Marina ^^

  7. Un roman ne peut pas plaire à tout le monde malheureusement, je pense que si je n’avais pas été en histoire et histoire de l’art (Gaudi, maitre européen de l’art nouveau), je n’aurais pas su apprécier toutes les petites subtilités de l’auteur, notamment concernant le parc Guell ( Gaudi est l’architecte). J’ai apprécié l’auteur peut être pour son coté effacé qui correspondait bien à l’ambiance du roman ! J’ai adoré ce roman et je te conseille au moins par curiosité L’ombre du vent qui pourra peut être plus décrit que celui ci ! =) – Mais j’aime beaucoup ton avis, car un roman ne peut pas plaire à tout le monde !

    • Apparemment beaucoup de gens me conseillent de lire L’Ombre du vent, donc je vais peut-être essayer… mais pas tout de suite^^ Merci pour ton passage!

  8. Je me suis également très vite ennuyé dans ce roman. On peut considérer que l’idée de camper le récit au début du siècle permet à l’auteur de montrer un certain âge d’or de Barcelone. Cela dit, d’autres l’ont fait avec davantage de folie et d’éclat – je pense à Eduardo Mendoza, pour n’en citer qu’un.

    Du coup, je n’ai pas envie de lire « L’Ombre du vent », alors qu’il paraît qu’il est formidable.

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