Grignotage n° 178: La Vestale du Calix, Anne Larue

Couverture La Vestale du Calix« Anna, une vestale consciencieuse mais émotive, est condamnée à mort pour avoir brisé un vase sacré – le fameux calix Esclarmonde. Son savant fou de maître la fait «décorporer» à son insu. L’expérience réussit et elle surgit indemne à une autre époque, où il perd sa trace. En l’an 4666, Anna, devenue «costumière tradi» chez Thomasine Couture, habite avec Ankh Delafontaine, belle blonde médiéviste, et elle monte à cheval à Étampes. Le bonheur. Elle en viendrait à se convaincre qu’elle n’a pas rejoint le monde au-delà de la mort, quand tout se complique à nouveau. Anna et Ankh sont arrêtées pour ne pas avoir assisté à un match de trimslop, puis une cavalière est assassinée. L’enquête conclut à la mort d’Anna. Entre alors en scène Holinshed, un cheval extrêmement stylé qui effectue des missions en freelance pour les humains à travers le temps… Pour tous ceux qui aiment Paris, la fin du monde, les chevaux, le camping, Simone de Beauvoir… et un peu moins le football. »

Rien qu’à la quatrième de couverture, je pense qu’on devine aisément pourquoi, au cours de ma lecture, j’ai pu qualifier ce livre de « bizarre » et « d’original ». Anne Larue nous fait découvrir deux époques très différentes l’une de l’autre, et pourtant, toutes deux cruelles, l’une, celle d’Ankh, la future colocataire d’Anna, envers la population en général (enfants enfermés dès le plus jeune âge dans des maisons d’éducation, et qui ne rêvent que de s’échapper, matchs de foot obligatoires et souvent mortels…) et l’autre, celle d’Anna, surtout envers les vestales, des jeunes filles pauvres, recrutées sur concours (et quel concours!) pour être éduquées par le vestaliat, et passer leur vie au service de la communauté… si elles parviennent à terminer leurs études sans être condamnées à l’ébouillanté!

Anna va donc, à la suite de sa condamnation, se retrouver à l’époque d’Ankh, et devenir sa colocataire. Les descriptions, riches en détails très bien trouvés, permettent de s’imaginer sans difficulté ces deux mondes futuristes, dont l’un n’est pas si différent du nôtre, avec quelques siècles en plus. C’est l’occasion pour l’auteure de critiquer quelques traits de notre société, sans se lancer dans de grands discours, simplement, avec un certain humour, par un choix de situations, ou par les théories d’Ankh, une médiéviste, dont le Moyen-Age n’est autre que notre époque, et qui voit dans les enseignes des supermarchés et dans les distributeurs d’argent les objets de culte d’une religion pour laquelle il ne reste pas beaucoup d’archives. La critique a sans doute déjà été faite, mais c’est plutôt rigolo en plus d’être intelligent.

L’intrigue est en elle-même assez simple, l’essentiel de la première partie du livre se passant à décrire l’ancienne et la nouvelle vie d’Anna, son amitié avec Ankh (que j’ai trouvé très forte, et par moment assez touchante), et ce qui se passe au Vestaliat pendant son absence. Pourtant, je ne me suis pas ennuyée une seconde, occupée que j’étais à découvrir cet univers très original, décalé, et souvent assez drôle.

La deuxième partie décrit, après un revirement de situation assez dramatique, la quête initiatique d’Ankh. Même si celle-ci est sans doute nécessaire au dénouement, je l’ai trouvée un peu longue et compliquée (ou alors c’est moi qui n’ai pas tout suivi), et je n’aurais pas dit non à quelques pages de moins. Même si on retrouve dans cette deuxième partie toute l’inventivité qui m’avait plu dans la première, j’ai un peu moins accroché. Par contre, j’ai bien aimé le dénouement, même si je l’ai trouvé un peu rapide après la relative lenteur de la seconde moitié du livre.

Il faudrait aussi que je parle d’Holinshed, sans doute le personnage le plus original de l’histoire, et de la pensée féministe (ou féministique?^^) sous-jacente au roman (mais qui n’empêche pas/permet d’apprécier le livre même sans avoir lu Beauvoir…) mais ce serait sûrement gâcher votre découverte de ce livre étonnant, très original, et souvent drôle, que je ne peux que vous conseiller, même si, comme moi, vous n’êtes « pas trop SF ».

Si je devais donner une note: 8,5/10

Merci beaucoup à Anne Larue, qui a eu la gentillesse de me faire découvrir son roman!

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5 réponses à “Grignotage n° 178: La Vestale du Calix, Anne Larue

  1. Wowowow, le résumé de malade O__o j’ai beau aimer le tordu, j’ai l’impression qu’il faut être dans le bon état d’esprit pour rentrer dans cette intrigue. Mais ça m’a l’air d’être de la SF française intelligente, je me laisserais bien tenter 😉 j’espère juste que l’auteur ne fait pas trop une soupe avec tous ces ingrédients hétéroclites.

  2. Oui je pense aussi que c’est une question d’état d’esprit, en tout cas moi j’ai bien aimé le côté très « divers » des éléments du livre et de l’intrigue. Si tu veux, tu me donne ton adresse par mail, et je peux te l’envoyer (d’ailleurs je t’avais dit que je t’enverrais Symphonia aussi, donc si tu es toujours intéressée, ça tient toujours^^)

    • Ce serait avec plaisir, mais… pas dans l’immédiat ^^ quelques priorités sur le feu en ce moment, je m’en voudrais de monopoliser ces livres sans avoir le temps de me plonger dedans. Je te ferai signe quand mon emploi du temps se sera un peu aéré 🙂

  3. J’avoue que ce livre me tente pas mal, justement pas ce quatrième de couverture qui a l’air vraiment original. Je vais peut être me laisser tenter alors.

  4. Malgré son côté décalé, ce livre m’a semblé très accessible, au niveau de l’ambiance. Seul le début du livre m’avait paru un tout petit peu laborieux.
    La quète initiatique m’a semblée suffisamment incompréhensible et étrange pour retenir mon attention sans jamais m’ennuyer…. Et en fait, cette phrase résume pour moi tout le roman. Sans donner dans une étrangeté de grande ampleur qui aurait été destabilisante, l’auteure a donné une petite bourrade à la réalité pour la faire sortir de ses rails, histoire de voir. Bah c’est tout vu… la réalité est restée sur sa route, mais sans forcément aller très droit, et les méandres de son parcours sont passionnants à suivre. Rajoutez un cheval qui a mangé de la Delorean, le pendant masculin des sirènes de l’Odyssée, une sardine de camping et une référence à Tolkien, et c’est parti pour une folle équipée passablement hasardeuse et déjantée… Passionnant. A mettre sur la même étagère que les romans de Pratchett et Gaiman.

    PS: le meilleur moment de tous, pour moi: l’épilogue, et notamment le dialogue entre Nhogrette et Aleister…à s’étouffer de rire!

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