Archives quotidiennes : 06/01/2012

Grignotage n°174: Chien du heaume, Justine Niogret

« On l’appelle Chien du Heaume parce qu’elle n’a plus ni nom ni passé, juste une hache ornée de serpents à qui elle a confié sa vie. La quête de ses origines la mène sur les terres brumeuses du chevalier Sanglier, qui règne sans partage sur le castel de Broe. Elle y rencontre Regehir, le forgeron à la gueule barrée d’une croix, Iynge, le jeune guerrier à la voix douce, mais aussi des ennemis à la langue fourbe ou à l’épée traîtresse. Comme la Salamandre, cauchemar des hommes de guerre…

On l’appelle Chien du Heaume parce qu’à chaque bataille, c’est elle qu’on siffle.

Dans l’univers âpre et sans merci du haut Moyen Âge, loin de l’image idéalisée que l’on se fait de ces temps cruels, une femme se bat pour retrouver ce qu’elle a de plus cher, son passé et son identité. »

Ce livre est relativement court (200 pages), et pourtant j’ai eu du mal à le finir. Je ne l’ai pas trouvé mauvais mais il ne m’a pas plu.

Comme dit dans la quatrième de couverture, Justine Niogret nous propose une image du Moyen-Age bien éloignée de la vision souvent idéalisée que l’on peut en avoir en littérature. De fait, l’ambiance du livre est sombre, glauque, lugubre, que l’on se trouve avec Chien entre les murs du castel de broe, dans le confinement imposé par l’hiver, ou qu’on la suive au dehors, dans la forêt où rodent des bêtes inquiétantes, ou dans des villages pauvres, aux habitants sales et mesquins.

Le fait que Chien du heaume ne soit ni jolie, ni particulièrement intelligente, ni même vraiment sympathique, est un parti pris qui ne m’a pas dérangée, je l’ai même trouvé assez original. Mais du coup, le roman manque de personnages à qui on puisse s’attacher un minimum. Même Iynge, qui possède un aspect un peu plus « lumineux », conserve une dimension bizarre, un peu inquiétante, qui m’a mise assez mal à l’aise durant ma lecture. De plus, la plupart des protagonistes m’ont paru assez monolithiques et fades. Malgré le fait qu’on explore leur passé au cours du récit, on a tendance à se perdre dans l’atmosphère onirique, irréelle, de la narration, et cela retire de la substance aux lieux et aux personnages, qui n’évoluent pas beaucoup, malgré la tournure initiatique que veut prendre le récit. Seule Nialle a un peu plus de densité, mais on n’apprend au final pas grand chose sur elle à part qu’elle est cruelle et insupportable.

Alors que le prologue semblait annoncer de l’action, c’est peut-être justement une dimension qui manque à ce livre. Il y a quelques combats, Chien du Heaume voyage beaucoup, mais le tout se perd dans une sorte d’imprécision au niveau de la narration et de la structure. Le roman, comme le décor du castel de broe, a un côté brumeux, imprécis. J’ai eu l’impression que l’auteure, pour éviter de trop en dire, sur ses personnages, sur leur quête, sur l’univers dans lequel se passe l’histoire,  n’en disait pas assez, et perdait ses lecteurs (moi, en tout cas!) en cours de route. La quête de Chien du Heaume, quant à elle, se résout un peu en queue de poisson, de façon rapide et bizarre, ajoutant une nouvelle déception. Étrangement, l’écriture, elle, est très maîtrisée, avec un vocabulaire médiéval extrêmement précis et utilisé à bon escient pour renforcer l’atmosphère du roman.

D’ailleurs, le petit glossaire à la fin, accompagné d’une note d’intention, est assez étonnant. En effet, le style d’écriture change totalement, et Justine Niogret montre qu’elle peut écrire de façon très drôle et très vive. J’ai d’ailleurs largement préféré le style enjoué et sarcastique des pages de fin, à celui, très sombre, et beaucoup moins spontané, du roman, qui se présente de fait un peu comme un exercice de style. J’ai trouvé dommage que l’auteure renonce à ce style qui lui est propre pour en choisir un autre, certes, adapté à l’histoire qu’elle voulait raconter, mais dont le registre m’a beaucoup moins plu.

Un livre assez ambitieux dans ses choix d’écriture et de narration, mais qui manque de substance et n’a pas su maintenir mon intérêt, malgré un vrai talent d’écriture et une atmosphère certes sombre, mais très bien décrite.

Si je devais donner une note: 5/10