Grignotage n° 165 : Nocturnes, Cinq nouvelles de musique au crépuscule, Kazuo Ishiguro

Couverture Nocturnes : Cinq nouvelles de musique au crépusculeJ’ai reçu ce livre grâce à Livraddict et aux Editions Folio, que je remercie pour cette découverte. Nocturnes est un recueil de nouvelles, composé, comme son titre l’indique, de cinq courts récits ayant tous un rapport avec la musique. J’ai plutôt apprécié ces récits, mais ma note reste mitigée (même si ça me met assez mal à l’aise vis à vis de la maison d’édition qui a eu la gentillesse de m’envoyer ce livre), pour des raisons expliquées plus loin dans ma chronique.

Dans  Crooner, l’auteur met en scène la rencontre entre un musicien pour touristes à Venise et une ancienne célébrité dont la voix a bercé son enfance. C’est l’occasion d’explorer les effets du carriérisme de l’ancienne star, prête à tout pour faire son come-back, au détriment de son couple. J’ai bien aimé cette entrée en matière, et surtout l’atmosphère mélancolique de cette nouvelle.

La deuxième nouvelle, Advienne que pourra,  a un rapport plus indirect avec la musique. Il s’agit surtout, cette fois, d’analyser les relations d’un couple en difficulté, à travers les yeux d’un de leurs amis venu leur rendre visite. Les situations cocasses s’enchaînent, et malgré quelques jolis passages, cette nouvelle m’a laissé sur une impression d’incertitude d’autant que le thème ne m’intéressait pas vraiment au départ. Les personnages m’ont tous semblé  plus ou moins hystériques, et je n’ai pas vu où l’auteur voulait en venir, d’autant que la fin, très ambiguë,  ne donne pas beaucoup d’information quant à la façon dont il faut interpréter cette histoire.

Dans Les Collines de Malvern, on suit un musicien qui, après bien des désillusions rend visite à sa soeur et à son mari, qui tiennent un restaurant dans la campagne anglaise, pour passer l’été avec eux. Il y rencontre un couple de musiciens professionnels venus passer des vacances dans les environs. J’ai bien aimé l’ambiance et les descriptions des collines et du paysage anglais, mais comme pour la deuxième nouvelle,  l’intrigue m’a laissé un peu perplexe, car l’auteur semble bâtir sa nouvelle sur des détails dont je n’ai pas vu l’intérêt.

Nocturnes donne son titre au recueil. C’est également l’occasion de retrouver un des personnages de la toute première nouvelle. L’action se passe cette fois dans un hôtel de luxe. Un musicien peu connu a accepté une opération de chirurgie esthétique, dans l’espoir que son nouveau visage le rendra plus apprécié du public. Alors qu’il est en convalescence, il rencontre sa voisine de chambre, une starlette récemment divorcée qui lui promet de l’aider à se faire connaître. S’en suivent une série de péripéties rocambolesques qui apportent une touche loufoque et décalée à cette nouvelle, dont j’ai plutôt apprécié l’histoire, même si j’ai trouvé l’ensemble un peu long.

Les violoncellistes, dernière nouvelle du recueil, est ma préférée. Elle nous fait retourner à Venise, cette fois pour assister à la rencontre d’un violoncelliste professionnel, et d’une mystérieuse jeune femme, qui se dit « virtuose », et lui propose de l’aider à progresser. J’ai trouvé le développement du thème de la virtuosité très original, même si, comme pour la plupart des récits de ce recueil, la fin reste assez ambiguë.

Dans l’ensemble, même si j’ai trouvé quelques défauts de constructions à ces nouvelles, si certains thèmes ne m’ont pas forcément interpellée, cette lecture a été plutôt plaisante, et j’ai apprécié cette découverte d’un auteur dont j’avais beaucoup entendu parler, notamment avec « Never Let Me Go ».

Cependant, j’ai été à la fois surprise et déçue par la récurrence de formulations maladroites ou carrément incompréhensibles. Est-ce du au style de l’auteur, ou à la traduction? Personnellement je pencherais pour la traduction, mais comme je n’ai lu que quelques pages de Kazuo Ishiguro en anglais, je ne peux pas me prononcer de façon catégorique.

En tout cas, lorsqu’on me parle de « plats de carnet teints en violet », ou de musicien travaillant « le passage du pont », ou encore lorsqu’un personnage dit à l’autre « je vois ton point de vue » (I see your point?), je reste perplexe devant de telles maladresses, d’autant qu’elles rendent certaines phrases vraiment très difficiles à comprendre. Et trouver sept ou huit erreurs du même genre dans un livre, ça suffit à gâcher en bonne partie ma lecture, ce qui est dommage, car j’avais vraiment hâte de découvrir cet auteur, et au bout de quelques dizaines de pages, mon enthousiasme est rapidement retombé, ce qui explique la note mitigée donnée à ce livre.

Après, je reconnais que je suis sûrement, pour rester polie, une lectrice exigeante et sévère, mais c’est le genre de détails qui, retrouvés dans un certain nombre de lectures, me donnent envie d’acheter mes livres directement en VO, et je pense ne pas être la seule dans ce cas.

Je remercie encore une fois les Editions Folio et à Livraddict qui m’ont permis de découvrir cet auteur et ce recueil de nouvelles!

Ce livre a été lu dans le cadre d’une mini LC avec Mypianocanta, que je remercie pour les échanges lors de la lecture!

Si je devais donner une note: 4/10

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8 réponses à “Grignotage n° 165 : Nocturnes, Cinq nouvelles de musique au crépuscule, Kazuo Ishiguro

  1. Ta critique m’étonne, étant donné que j’ai bien aimé « Auprès de moi toujours ». Peut être que le style est différent par rapport à cet autre oeuvre, ou alors il s’agit d’un de ses premiers essais? Mais n’ayant lu que ce livre de cet auteur, je pense qu’il faudrait que je lise celui ci pour confirmer ou non ton avis 🙂

  2. Il faut que je lise Auprès de moi toujours 🙂 A mon avis ce n’est pas tant le style que des erreurs de traduction, et c’est vrai que je suis assez sévère à ce niveau, parce que ça m’énerve de deviner le texte anglais sous la traduction française quand je lis^^ N’hésite pas à repasser me dire ce que tu en auras pensé si tu le lis 🙂

  3. Je n’ai pas pu aller au bout….le genre nouvelles n’étant visiblement pas pour moi, et la prose n’est pas assez compréhensible…J’avais apprécié les vestiges du jours, mais la lecture fut longue et laborieuse…seule le fait de voir le film m’a permis d’en finir la lecture.
    Mon aventure avec Ishiguro n’ira pas plus loin, et je ne renouvellerai pas l’expérience avec les nouvelles.

    • Coucou!
      Moi je vais quand même essayer d’en lire un en anglais, pour voir si c’est vraiment un problème de traduction qui m’a gênée, ou si c’est le style de l’auteur qui ne me plaît pas! Mais bon, j’aime bien les nouvelles en général, donc je partais avec un bon a-priori sur cette lecture, et certaines choses m’ont quand même plus, mais c’est sur que si ce n’est pas ton truc, pas la peine de t’acharner 🙂

  4. Ha oui, je comprends ta déception vis à vis du style à cause de tournures de phrases aussi maladroites ! Les coquilles et les erreurs de traduction (surtout lorsqu’elles sont si évidemment calquées sur une structure de phrase anglaise !) me gâchent très facilement la lecture à moi aussi ^^

    En tout cas dès que tu as l’occasion de lire Never let me go, n’hésite pas, j’ai beaucoup aimé (et le film aussi ^^)… en anglais cette fois :p

  5. Alors vu nos échanges ta chronique ne me surprend pas du tout et on se retrouve sur plusieurs choses. Par contre, pour les expressions que tu soulignes elle ne m’ont pas choquée : je vois tout à fait ce qu’est un « plat de carnet » , je déteste travailler « le passage du pont » même si effectivement le pont suffirait (pour info il s’agit d’une partie secondaire qui relie deux principales), quand à « voir un point de vue » je dois l’avoir entendu dire plus d’une fois. Non, ce qui m’a plutôt gênée ce sont les tournures de phrases, le fait qu’elles semblaient jeter sur le papier d’un seul jet (comme les miennes en ce moment) et le manque de subtilité de l’ensemble.
    Au final, un avis très mitigé aussi. J’ai largement préféré Les Vestiges du Jour et je ne sais pas si je lirai Auprès de moi toujours.

  6. Pour ce qui est des expressions qui m’ont agacée: ce n’est pas parce que je comprends leur sens (par exemple, le passage du pont, en revoyant mes cours de musique, je comprends ce que c’est^^) ou que je les ai pas déjà entendue que je trouve pas ça terriblement inélégant et maladroit, surtout à l’écrit, et surtout dans un livre^^ Mais effectivement, même du point de vue purement stylistique, j’ai trouvé l’ensemble assez froid et confus, maintenant que tu m’y fais penser^^
    Si jamais on a un autre parte (ou autre lecture) en commun, n’hésite pas, ça m’a bien plu de papoter avec toi pendant la lecture 😀

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