Grignotage n°156: Janua Vera, Jean-Philippe Jaworski

Couverture Récits du Vieux Royaume, tome 1 : Janua VeraNé du rêve d’un conquérant, le Vieux Royaume n’est plus que le souvenir de sa grandeur passée… Une poussière de fiefs, de bourgs et de cités a fleuri parmi ses ruines, une société féodale et chamarrée où des héros nobles ou humbles, brutaux ou érudits, se dressent contre leur destin. Ainsi Benvenuto l’assassin trempe dans un complot dont il risque d’être la première victime, Aedan le chevalier défend l’honneur des dames, Cecht le guerrier affronte ses fantômes au milieu des tueries… Ils plongent dans les intrigues, les cultes et les guerres du Vieux Royaume. Et dans ses mystères, dont les clefs se nichent au plus profond du cœur humain…

Comprenant sept nouvelles qui se déroulent à différentes époques et dans divers lieux du Vieux Royaumes, ce recueil m’a d’abord bluffée par la qualité de la plume qui l’a composé. Le style de l’auteur est en effet excellent, d’une grande précision , mais sans lourdeur. Il se caractérise notamment par une grande richesse de vocabulaire. Certaines nouvelles m’ont davantage plu que d’autres, mais cette constance dans la qualité du style font de ce livre un excellent prélude, ou, dans mon cas une très bonne lecture complémentaire à Gagner la guerre.

Dans Janua Vera, la nouvelle qui a donné son titre au recueil, on plonge au côté de Leodagan, Roi-Dieu du Vieux Royaume, dans une atmosphère onirique, inquiétante, teintée de mysticisme. Comme lui, le lecteur frappe à une porte, qui s’ouvre sur un autre univers, un imaginaire différent. Ce n’est pas ma nouvelle préférée, mais j’ai tout de même apprécié sa symbolique, et le fait qu’elle serve d’entrée en matière pour le voyage que nous propose l’auteur.

Mauvaise donne est ma nouvelle préférée, et celle que j’attendais le plus, puisqu’on y découvre/retrouve Benvenuto et Ciudalia, plongés dans une intrigue politique complexe, et un complot qui risque fortement de mettre fin aux méfaits de cet assassin gouailleur, dépourvu de scrupule, et pourtant sympathique. C’est dans ce genre de contexte que j’apprécie le plus le style de Jaworski, qui paraît très à l’aise dans cette ambiance de politique corrompue et de princes avides de pouvoir.

Le service des dames reprend les codes du roman courtois, et les détourne au profit d’une atmosphère viciée par la rancune et le mensonge.  On retrouve dans cette nouvelle de très belles descriptions et des personnages aux motivations complexes.

Dans Une offrande très précieuse, on fait la connaissance d’un guerrier, Cecht, qui, après une bataille, tente de traverser le territoire ennemi afin de rentrer chez lui en emportant un camarade blessé. La deuxième partie de cette nouvelle prend une dimension plus onirique et psychologique  qui rend le récit assez confus et la narration comporte quelques longueurs. Néanmoins la fin est assez émouvante, et apporte une certaine profondeur au protagoniste, qui autrement a tout de la brute épaisse.

Le conte de Suzelle met en scène une héroïne attachante, la description très réussie de l’espoir et d’une longue attente, et une chute terrible, et pourtant si logique… J’ai adoré  l’atmosphère très particulière, qui fait de cette nouvelle une petite merveille narrative!

Jour de guigne est un récit qui m’a fortement fait penser à ceux de Terry Pratchett, à cause notamment de son humour et de sa succession de péripéties. Un moment de rire un peu cruel au détriment de Maître Calame, protagoniste timoré et tatillon en proie à un étrange syndrome de malchance.

Un amour dévorant plonge le lecteur dans l’atmosphère inquiétante d’un village hanté par des esprits. Les descriptions de la forêt environnante, la présence de personnages tout à fait crédibles donne de la substance au récit, mais celui-ci aurait peut-être gagné à être un peu plus court…

Le Confident, qui dépeint l’existence d’un prêtre du culte du Desséché ayant fait voeu d’obscurité,  nous dépeint une vision de la religion et du sacré crédible, bien que très sombre et très éloignée de nos repères culturels. Elle constitue une très belle conclusion à ce recueil de nouvelles de genres très variés, mais d’une très grande qualité générale.

Si je devais donner une note: 9/10

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Une réponse à “Grignotage n°156: Janua Vera, Jean-Philippe Jaworski

  1. J’ai trouvé ce recueil de nouvelles vraiment très bon et surtout il permet, comme tu le dis, de retrouver Benvenuto le héros de l’excellent livre Gagner la Guerre. Content que ce livre t’ait plu.

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