Archives quotidiennes : 30/11/2011

Grignotage n° 158: Hell, Lolita Pille

« Je suis une pétasse. Je suis un pur produit de la Think Pink génération, mon credo: sois belle et consomme. » Hell a dix-huit ans, vit à Paris Ouest, se défonce à la coke, est griffée de la tête aux pieds, ne fréquente que des filles et des fils de, dépense chaque semaine l’équivalent de votre revenu mensuel, fait l’amour comme vous faites vos courses. Sans oublier l’essentiel: elle vous méprise profondément…
Jusqu’au soir où elle tombe amoureuse d’Andréa, son double masculin, séducteur comme elle, et comme elle désabusé.
Ensemble, coupés du monde, dans un corps à corps passionnel, ils s’affranchissent du malaise qu’ils partagent. Mais les démons sont toujours là, qui veillent dans la nuit blanche de ces chasseurs du plaisir. »

J’ai d’abord été totalement captivée par le style brutal et corrosif, de Lolita Pille. On a l’impression d’un long monologue, avec des formulations très oralisées, souvent vulgaires, mais qui sonnent juste. La répétition de certaines expressions a fini par me lasser, mais c’est arrivé juste au moment de la rencontre entre Hell et Andréa, évènement qui a renouvelé mon intérêt.

Hell est de prime abord une héroïne absolument détestable, surtout dans la première partie du livre, et pourtant, je n’ai pas pu m’empêcher de la plaindre. Elle a, à priori, tout pour être heureuse (si tant est qu’avoir beaucoup d’argent et être habillée en Gucci des pieds à la tête puisse rendre heureux), et pourtant, elle passe sa vie à essayer de se détruire. On la suit dans une série de sorties, d’orgies, et de scènes de débauche certes répétitives, mais qui montrent bien le vide et l’inutilité de son existence. D’ailleurs, elle s’en rend également compte, et c’est que qui fait l’intérêt du personnage.

La rencontre avec Andrea, son double masculin, va rendre Hell plus humaine. Elle aime, avec une pureté qui la rend touchante, et tente d’échapper au tourbillon de fêtes et de drogues dans lequel elle a vécu jusqu’alors. On suit son évolution au cours de quelques chapitres que j’ai beaucoup apprécié car l’écriture sait s’y faire belle, presque poétique… On croit Hell sauvée, jusqu’au moment où  sa vie précédente la rattrape. On assiste alors à une réelle descente aux enfers qui justifie parfaitement le titre du roman, et qu’heureusement, l’auteure a pris soin d’écourter, car finalement, le personnage se retrouve au point de départ, la lucidité et le désespoir en plus.

Décrivant le quotidien de jeunes parisiens aisés et décadents, Hell est un livre déroutant, qui se lit très vite, pour peu qu’on accroche au style particulier de l’auteure, qui est le principal atout du livre. Personnellement, j’ai été littéralement scotchée, et cela m’a fait oublier le côté caricatural des personnages et la simplicité de l’intrigue.

Merci à MarionJB pour ce prêt!

Si je devais donner une note: 7,5/10

Grignotage n°157: L’enfant du cimetière, Pierre Brulhet

Couverture L'Enfant du CimetièreL’enfant Yoann est abandonné tout petit dans la crypte d’un cimetière. Là il est recueilli puis élevé par les esprits du lieu. C’est que le cimetière fonctionne comme un véritable village, à l’abri du regard des vivants, géré par ses deux maires débonnaires Von Barton et Cornwill. Maintenant âgé de 12 ans, Yoann est mûr pour expérimenter toutes les facettes de la vie : l’amitié, l’amour, l’adversité. Jusqu’au jour où les vivants ont décidé de détruire une partie du cimetière. La petite communauté des esprits est en danger. Yoann et la jolie Ora, celle qu’il aime, prennent la tête de la révolte.

J’ai beaucoup hésité à acheter ce livre, car j’aime beaucoup la couverture, que je trouve très mignonne. Heureusement, MarionJB a eu la gentillesse de me le prêter et m’a ainsi épargné le fait de regretter amèrement un achat.

J’ai en effet été très déçue par ce livre jeunesse. Tout d’abord, je l’ai trouvé très mal écrit: les phrases sont très courtes, limite lapidaire, chaque page contient sa répétition, sa maladresse de construction, parfois une coquille. La concordance des temps n’est presque jamais respectée, et certaines expressions m’ont laissée très perplexe. Je ne savais pas qu’on pouvait, par exemple, « reculer rapidement sans bouger » (Ora est vraiment très douée!), ou « jurer sur quelqu’un » (dans le sens de s’en plaindre ou de se mettre en colère).

L’intrigue est vraiment simpliste, la personnalité des protagonistes est à peine effleurée, et certaines scènes frôlent le ridicule du fait de leur brièveté. La rencontre entre Yoann et Ora, où deux gamins de 12 ans ont à peine échangé trois répliques avant que la demoiselle ne s’exclame « Embrasse-moi, mon amour ! » me paraît à la fois peu crédible et totalement dépourvue d’intérêt (je ne nie pas cependant que mon « grand âge » m’empêche sûrement de connaître les moeurs des jeunes d’aujourd’hui, mais dans un livre qui se veut assez poétique, cela m’embête un peu…).

Ce livre de 150 pages constituerait peut-être un bon synopsis, car il contient des idées intéressantes, notamment dans certains détails du mode de vie des habitants du cimetière, mais j’ai du m’accrocher pour le terminer (en diagonale!)  à cause du style d’écriture et de l’intrigue très limitée.

Tant pis, j’aurais essayé, et  je vais me consoler en lisant bientôt Nobody Owens, qui m’a l’air beaucoup  plus fouillé et abouti.

Si je devais donner une note: 3/10

Grignotage n°156: Janua Vera, Jean-Philippe Jaworski

Couverture Récits du Vieux Royaume, tome 1 : Janua VeraNé du rêve d’un conquérant, le Vieux Royaume n’est plus que le souvenir de sa grandeur passée… Une poussière de fiefs, de bourgs et de cités a fleuri parmi ses ruines, une société féodale et chamarrée où des héros nobles ou humbles, brutaux ou érudits, se dressent contre leur destin. Ainsi Benvenuto l’assassin trempe dans un complot dont il risque d’être la première victime, Aedan le chevalier défend l’honneur des dames, Cecht le guerrier affronte ses fantômes au milieu des tueries… Ils plongent dans les intrigues, les cultes et les guerres du Vieux Royaume. Et dans ses mystères, dont les clefs se nichent au plus profond du cœur humain…

Comprenant sept nouvelles qui se déroulent à différentes époques et dans divers lieux du Vieux Royaumes, ce recueil m’a d’abord bluffée par la qualité de la plume qui l’a composé. Le style de l’auteur est en effet excellent, d’une grande précision , mais sans lourdeur. Il se caractérise notamment par une grande richesse de vocabulaire. Certaines nouvelles m’ont davantage plu que d’autres, mais cette constance dans la qualité du style font de ce livre un excellent prélude, ou, dans mon cas une très bonne lecture complémentaire à Gagner la guerre.

Dans Janua Vera, la nouvelle qui a donné son titre au recueil, on plonge au côté de Leodagan, Roi-Dieu du Vieux Royaume, dans une atmosphère onirique, inquiétante, teintée de mysticisme. Comme lui, le lecteur frappe à une porte, qui s’ouvre sur un autre univers, un imaginaire différent. Ce n’est pas ma nouvelle préférée, mais j’ai tout de même apprécié sa symbolique, et le fait qu’elle serve d’entrée en matière pour le voyage que nous propose l’auteur.

Mauvaise donne est ma nouvelle préférée, et celle que j’attendais le plus, puisqu’on y découvre/retrouve Benvenuto et Ciudalia, plongés dans une intrigue politique complexe, et un complot qui risque fortement de mettre fin aux méfaits de cet assassin gouailleur, dépourvu de scrupule, et pourtant sympathique. C’est dans ce genre de contexte que j’apprécie le plus le style de Jaworski, qui paraît très à l’aise dans cette ambiance de politique corrompue et de princes avides de pouvoir.

Le service des dames reprend les codes du roman courtois, et les détourne au profit d’une atmosphère viciée par la rancune et le mensonge.  On retrouve dans cette nouvelle de très belles descriptions et des personnages aux motivations complexes.

Dans Une offrande très précieuse, on fait la connaissance d’un guerrier, Cecht, qui, après une bataille, tente de traverser le territoire ennemi afin de rentrer chez lui en emportant un camarade blessé. La deuxième partie de cette nouvelle prend une dimension plus onirique et psychologique  qui rend le récit assez confus et la narration comporte quelques longueurs. Néanmoins la fin est assez émouvante, et apporte une certaine profondeur au protagoniste, qui autrement a tout de la brute épaisse.

Le conte de Suzelle met en scène une héroïne attachante, la description très réussie de l’espoir et d’une longue attente, et une chute terrible, et pourtant si logique… J’ai adoré  l’atmosphère très particulière, qui fait de cette nouvelle une petite merveille narrative!

Jour de guigne est un récit qui m’a fortement fait penser à ceux de Terry Pratchett, à cause notamment de son humour et de sa succession de péripéties. Un moment de rire un peu cruel au détriment de Maître Calame, protagoniste timoré et tatillon en proie à un étrange syndrome de malchance.

Un amour dévorant plonge le lecteur dans l’atmosphère inquiétante d’un village hanté par des esprits. Les descriptions de la forêt environnante, la présence de personnages tout à fait crédibles donne de la substance au récit, mais celui-ci aurait peut-être gagné à être un peu plus court…

Le Confident, qui dépeint l’existence d’un prêtre du culte du Desséché ayant fait voeu d’obscurité,  nous dépeint une vision de la religion et du sacré crédible, bien que très sombre et très éloignée de nos repères culturels. Elle constitue une très belle conclusion à ce recueil de nouvelles de genres très variés, mais d’une très grande qualité générale.

Si je devais donner une note: 9/10