Grignotage n°150: Jonathan Strange et Mr Norrell, Susanna Clarke

Alors que le Roi Corbeau, l’enfant volé par les fées, le grand magicien qui gouverna le Nord de l’Angleterre, n’est plus qu’une légende, Mr Norrel va tenter de restaurer la magie en Angleterre. Mais très vite, les salons londonniens, habitués aux frasques de Lord Byron et à l’écoute des dernières nouvelles sur les guerres napoléonniennes, vont préférer au magicien pédant et casanier son disciple, l’arrogant mais sympathique Jonathan Strange. Tandis que les deux magiciens, portés par des visions de la magie trop différentes, s’éloignent, d’étranges phénomènes magiques viennent bouleverser la vie de certaines personnes de leur entourage. Le Roi Corbeau et ses alliés féériques ont-ils vraiment déserté l’Angleterre?

La première chose que j’ai remarquée lors de la lecture de ce pavé (un tout petit peu plus de 1000 pages), c’est le côté très « austennien », de la narration (d’ailleurs il y a une référence à Emma, de « Miss Austen », au cours du récit). On retrouve la même description de la société anglaise au début du 19ème siècle, avec des personnages issus de la même classe sociale que ceux d’Orgeuil et Préjugés, ou de Persuasion, et un peu de cette ironie si caractéristique, ce qui, évidemment, n’a pas manqué de me plaire! Comme je le disais à Minidou au début de ma lecture, qui s’avérait un peu laborieuse:  « bon, en gros, c’est Jane Austen, mais avec des magiciens ».

J’ai dit lecture laborieuse? Oui, car il faut quand même avouer que si l’auteur prend soin de nous décrire les attitudes de ses personnages, et les décors des différentes scènes avec précision, cela ralentit beaucoup le déroulement de l’intrigue. Les nombreuses notes de fin de chapitre, souvent très longues, ralentissent encore plus la lecture, et je n’en ai lu que quelques unes. Pourtant, la plupart ne manquent pas d’intérêt, puisqu’elles délivrent des renseignements annexes sur la magie, des extraits des livres dont les personnages parlent, des anecdotes sur le Roi Corbeau, personnage central, bien qu’invisible, de l’oeuvre… Ces notes créent donc une sorte de para-texte, constitué d’histoires imbriquées dans l’intrigue principale, et qui, à la limite, seraient tout à fait à leur place dans un recueil publié à part.

J’ai d’ailleurs apprécié le fait que l’auteure parvienne à créer toute une biblioraphie relative à la magie, car même si elle ne donne pas beaucoup d’explications sur son fonctionnement, ou sur les sorts lancés par ses personnages, les nombreuses références à des livres, à des auteurs, et à des théories donnent un aspect très concret aux recherches de Strange et Norrell. Même si cela donne un aspect un peu froid au roman, j’ai aimé le fait que, plus qu’un combat de magie pure, la rivalité entre les deux personnages principaux se caractérise par un combat d’idées, la confrontation de deux théories magiques différentes.

On sent également que Susanna Clarke s’est beaucoup documentée sur l’époque qu’elle décrivait, et j’ai bien aimé la façon dont elle a mêlé faits historiques et péripéties romanesques en faisant, par exemple, participer Strange à la bataille de Waterloo (d’ailleurs, tout au long du livre, les français en prennent beaucoup pour leur grade, mais ça reste assez drôle à lire!). J’ai également beaucoup aimé toutes les scènes qui se déroulent en Italie, et qui apportent un peu de fraîcheur au récit, même si aussi à ce moment qu’interviennent les événements les plus dramatiques.

Pour ce qui est des personnages, j’ai un peu regretté que leurs personnalités ne soient pas plus approfondies. Leurs portraits sont souvent brossés en trois lignes, et ils n’évoluent pas beaucoup au cours du récit, même les personnages principaux, Strange et Norrell.  J’ai quand même beaucoup aimé le caractère de Jonathan Strange, son détachement, qui se caractérise par un discours souvent très ironique, mais également son courage et sa volonté de réussir. Sa relation avec Arabella est également très touchante, même si on a l’impression qu’il la néglige quand même beaucoup au profit de la magie. Stephen Black et Childermass m’ont plu aussi, et j’ai regretté qu’on n’en sache pas davantage sur eux.  Les noms donnés aux personnages sont également très évocateurs, et ont généralement un rapport avec leur personnalité, ou préfigurent certaines de leurs actions au cours du livre.

Alors que j’ai eu l’impression de ne pas avancer, voire de m’ennuyer ferme lors de certaines scènes dont je ne comprenais pas l’intérêt, pendant les deux tiers du récit, durant ma lecture des 200 dernières pages, j’ai eu du mal à refermer le livre. C’est dans ces derniers chapitres que l’on comprend enfin l’utilité des péripéties et des personnages secondaires qu’on a vu intervenir bien plus tôt dans le récit, et j’ai vraiment pris beaucoup de plaisir à voir enfin toutes les pièces du puzzle s’emboiter parfaitement.

La fin en demi-teinte, comme le reste du récit, m’a plu tout en me laissant sur ma faim, et j’ai refermé le livre avec un pincement au coeur. Les derniers événements du récit semblent laisser la place à une suite mais j’aurai quand même  un peu peur de me replonger dans un autre pavé.  Même si au final, j’ai plutôt apprécié ce roman, je doute d’avoir la patience de m’ennuyer de nouveau sur 600 pages (même si, comme c’est le cas ici, elles contiennent quand même un certain nombre de scènes très intéressantes), juste pour pouvoir apprécier les tous derniers chapitres.

Un roman trop long, trop lent, mais qui vaut quand même le détour, pour peu qu’on parvienne à s’accrocher, pour l’originalité de son intrigue, et le caractère antithétique des deux personnages principaux.

Si je devais donner une note: 7,5/10 

Cette LC a été organisée par Florel!  Voici les articles de mes co-lecteurs:

Florel

Ce livre a également été lu dans le cadre du Challenge God Save the Livre!

 

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7 réponses à “Grignotage n°150: Jonathan Strange et Mr Norrell, Susanna Clarke

  1. J’ai lâché ce livre après une centaine de pages environ… Je ne parvenais pas à entrer dans l’histoire (même si j’ai apprécié le style littéraire. Quelque part je pense que c’était dû à la longueur, et aux fameuses notes… Qui m’ont exaspérée quand j’ai vu la longueur de certaines. Merci pour ton avis 🙂

    • J’ai très vite pris le parti de ne plus lire les notes, et à partir de là, c’est allé beaucoup mieux, d’autant que les chapitres ne sont pas très longs en eux-mêmes^^ Mais c’est vrai que le style d’écriture est très agréable 🙂

  2. Je n’ai pas encore terminé (je suis à un peu plus de la moitié) et j’ai vite pris le pli de ne pas lire les notes de bas de page moi aussi !

  3. J’avais peur que ta chronique me décourage de lire, mais en fait ça me donne encore plus envie! Par contre, vous me faites peur avec vos notes de bas de page, j’ai le tic de toujours les lire, même quand elles sont sans intérêt XD!

  4. Je te dis BRAVO ! être allé jusqu’au bout de ce bouquin je prends ça pour un exploit ! C’est vrai que c’est lent comme du Austen, mais hélas je suis très loin d’être fan de cette dernière. Finalement même si tu as plutôt apprécié ce bouquin, je ne regrette pas de ne pas être allée jusqu’au bout, vu que tu n’as pas été vraiment comblé par la fin.
    Merci encore pour ta participation.
    Biz biz.

    • Moi j’aime beaucoup, beaucoup Austen, alors la ressemblance de style ne m’a pas du tout gênée. Pour la fin, c’est surtout qu’à la dernière page j’ai fait « naaaaan, pourquoi ça se fini comme çaaaa » (mon rat domestique m’a regardé d’un air bizarre :p).
      Merci à toi pour cette LC 🙂 Bisous!

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