Archives mensuelles : novembre 2011

Grignotage n° 158: Hell, Lolita Pille

« Je suis une pétasse. Je suis un pur produit de la Think Pink génération, mon credo: sois belle et consomme. » Hell a dix-huit ans, vit à Paris Ouest, se défonce à la coke, est griffée de la tête aux pieds, ne fréquente que des filles et des fils de, dépense chaque semaine l’équivalent de votre revenu mensuel, fait l’amour comme vous faites vos courses. Sans oublier l’essentiel: elle vous méprise profondément…
Jusqu’au soir où elle tombe amoureuse d’Andréa, son double masculin, séducteur comme elle, et comme elle désabusé.
Ensemble, coupés du monde, dans un corps à corps passionnel, ils s’affranchissent du malaise qu’ils partagent. Mais les démons sont toujours là, qui veillent dans la nuit blanche de ces chasseurs du plaisir. »

J’ai d’abord été totalement captivée par le style brutal et corrosif, de Lolita Pille. On a l’impression d’un long monologue, avec des formulations très oralisées, souvent vulgaires, mais qui sonnent juste. La répétition de certaines expressions a fini par me lasser, mais c’est arrivé juste au moment de la rencontre entre Hell et Andréa, évènement qui a renouvelé mon intérêt.

Hell est de prime abord une héroïne absolument détestable, surtout dans la première partie du livre, et pourtant, je n’ai pas pu m’empêcher de la plaindre. Elle a, à priori, tout pour être heureuse (si tant est qu’avoir beaucoup d’argent et être habillée en Gucci des pieds à la tête puisse rendre heureux), et pourtant, elle passe sa vie à essayer de se détruire. On la suit dans une série de sorties, d’orgies, et de scènes de débauche certes répétitives, mais qui montrent bien le vide et l’inutilité de son existence. D’ailleurs, elle s’en rend également compte, et c’est que qui fait l’intérêt du personnage.

La rencontre avec Andrea, son double masculin, va rendre Hell plus humaine. Elle aime, avec une pureté qui la rend touchante, et tente d’échapper au tourbillon de fêtes et de drogues dans lequel elle a vécu jusqu’alors. On suit son évolution au cours de quelques chapitres que j’ai beaucoup apprécié car l’écriture sait s’y faire belle, presque poétique… On croit Hell sauvée, jusqu’au moment où  sa vie précédente la rattrape. On assiste alors à une réelle descente aux enfers qui justifie parfaitement le titre du roman, et qu’heureusement, l’auteure a pris soin d’écourter, car finalement, le personnage se retrouve au point de départ, la lucidité et le désespoir en plus.

Décrivant le quotidien de jeunes parisiens aisés et décadents, Hell est un livre déroutant, qui se lit très vite, pour peu qu’on accroche au style particulier de l’auteure, qui est le principal atout du livre. Personnellement, j’ai été littéralement scotchée, et cela m’a fait oublier le côté caricatural des personnages et la simplicité de l’intrigue.

Merci à MarionJB pour ce prêt!

Si je devais donner une note: 7,5/10

Publicités

Grignotage n°157: L’enfant du cimetière, Pierre Brulhet

Couverture L'Enfant du CimetièreL’enfant Yoann est abandonné tout petit dans la crypte d’un cimetière. Là il est recueilli puis élevé par les esprits du lieu. C’est que le cimetière fonctionne comme un véritable village, à l’abri du regard des vivants, géré par ses deux maires débonnaires Von Barton et Cornwill. Maintenant âgé de 12 ans, Yoann est mûr pour expérimenter toutes les facettes de la vie : l’amitié, l’amour, l’adversité. Jusqu’au jour où les vivants ont décidé de détruire une partie du cimetière. La petite communauté des esprits est en danger. Yoann et la jolie Ora, celle qu’il aime, prennent la tête de la révolte.

J’ai beaucoup hésité à acheter ce livre, car j’aime beaucoup la couverture, que je trouve très mignonne. Heureusement, MarionJB a eu la gentillesse de me le prêter et m’a ainsi épargné le fait de regretter amèrement un achat.

J’ai en effet été très déçue par ce livre jeunesse. Tout d’abord, je l’ai trouvé très mal écrit: les phrases sont très courtes, limite lapidaire, chaque page contient sa répétition, sa maladresse de construction, parfois une coquille. La concordance des temps n’est presque jamais respectée, et certaines expressions m’ont laissée très perplexe. Je ne savais pas qu’on pouvait, par exemple, « reculer rapidement sans bouger » (Ora est vraiment très douée!), ou « jurer sur quelqu’un » (dans le sens de s’en plaindre ou de se mettre en colère).

L’intrigue est vraiment simpliste, la personnalité des protagonistes est à peine effleurée, et certaines scènes frôlent le ridicule du fait de leur brièveté. La rencontre entre Yoann et Ora, où deux gamins de 12 ans ont à peine échangé trois répliques avant que la demoiselle ne s’exclame « Embrasse-moi, mon amour ! » me paraît à la fois peu crédible et totalement dépourvue d’intérêt (je ne nie pas cependant que mon « grand âge » m’empêche sûrement de connaître les moeurs des jeunes d’aujourd’hui, mais dans un livre qui se veut assez poétique, cela m’embête un peu…).

Ce livre de 150 pages constituerait peut-être un bon synopsis, car il contient des idées intéressantes, notamment dans certains détails du mode de vie des habitants du cimetière, mais j’ai du m’accrocher pour le terminer (en diagonale!)  à cause du style d’écriture et de l’intrigue très limitée.

Tant pis, j’aurais essayé, et  je vais me consoler en lisant bientôt Nobody Owens, qui m’a l’air beaucoup  plus fouillé et abouti.

Si je devais donner une note: 3/10

Grignotage n°156: Janua Vera, Jean-Philippe Jaworski

Couverture Récits du Vieux Royaume, tome 1 : Janua VeraNé du rêve d’un conquérant, le Vieux Royaume n’est plus que le souvenir de sa grandeur passée… Une poussière de fiefs, de bourgs et de cités a fleuri parmi ses ruines, une société féodale et chamarrée où des héros nobles ou humbles, brutaux ou érudits, se dressent contre leur destin. Ainsi Benvenuto l’assassin trempe dans un complot dont il risque d’être la première victime, Aedan le chevalier défend l’honneur des dames, Cecht le guerrier affronte ses fantômes au milieu des tueries… Ils plongent dans les intrigues, les cultes et les guerres du Vieux Royaume. Et dans ses mystères, dont les clefs se nichent au plus profond du cœur humain…

Comprenant sept nouvelles qui se déroulent à différentes époques et dans divers lieux du Vieux Royaumes, ce recueil m’a d’abord bluffée par la qualité de la plume qui l’a composé. Le style de l’auteur est en effet excellent, d’une grande précision , mais sans lourdeur. Il se caractérise notamment par une grande richesse de vocabulaire. Certaines nouvelles m’ont davantage plu que d’autres, mais cette constance dans la qualité du style font de ce livre un excellent prélude, ou, dans mon cas une très bonne lecture complémentaire à Gagner la guerre.

Dans Janua Vera, la nouvelle qui a donné son titre au recueil, on plonge au côté de Leodagan, Roi-Dieu du Vieux Royaume, dans une atmosphère onirique, inquiétante, teintée de mysticisme. Comme lui, le lecteur frappe à une porte, qui s’ouvre sur un autre univers, un imaginaire différent. Ce n’est pas ma nouvelle préférée, mais j’ai tout de même apprécié sa symbolique, et le fait qu’elle serve d’entrée en matière pour le voyage que nous propose l’auteur.

Mauvaise donne est ma nouvelle préférée, et celle que j’attendais le plus, puisqu’on y découvre/retrouve Benvenuto et Ciudalia, plongés dans une intrigue politique complexe, et un complot qui risque fortement de mettre fin aux méfaits de cet assassin gouailleur, dépourvu de scrupule, et pourtant sympathique. C’est dans ce genre de contexte que j’apprécie le plus le style de Jaworski, qui paraît très à l’aise dans cette ambiance de politique corrompue et de princes avides de pouvoir.

Le service des dames reprend les codes du roman courtois, et les détourne au profit d’une atmosphère viciée par la rancune et le mensonge.  On retrouve dans cette nouvelle de très belles descriptions et des personnages aux motivations complexes.

Dans Une offrande très précieuse, on fait la connaissance d’un guerrier, Cecht, qui, après une bataille, tente de traverser le territoire ennemi afin de rentrer chez lui en emportant un camarade blessé. La deuxième partie de cette nouvelle prend une dimension plus onirique et psychologique  qui rend le récit assez confus et la narration comporte quelques longueurs. Néanmoins la fin est assez émouvante, et apporte une certaine profondeur au protagoniste, qui autrement a tout de la brute épaisse.

Le conte de Suzelle met en scène une héroïne attachante, la description très réussie de l’espoir et d’une longue attente, et une chute terrible, et pourtant si logique… J’ai adoré  l’atmosphère très particulière, qui fait de cette nouvelle une petite merveille narrative!

Jour de guigne est un récit qui m’a fortement fait penser à ceux de Terry Pratchett, à cause notamment de son humour et de sa succession de péripéties. Un moment de rire un peu cruel au détriment de Maître Calame, protagoniste timoré et tatillon en proie à un étrange syndrome de malchance.

Un amour dévorant plonge le lecteur dans l’atmosphère inquiétante d’un village hanté par des esprits. Les descriptions de la forêt environnante, la présence de personnages tout à fait crédibles donne de la substance au récit, mais celui-ci aurait peut-être gagné à être un peu plus court…

Le Confident, qui dépeint l’existence d’un prêtre du culte du Desséché ayant fait voeu d’obscurité,  nous dépeint une vision de la religion et du sacré crédible, bien que très sombre et très éloignée de nos repères culturels. Elle constitue une très belle conclusion à ce recueil de nouvelles de genres très variés, mais d’une très grande qualité générale.

Si je devais donner une note: 9/10

*L’OVNI du mois de Novembre* Britannicus, Jean Racine

Impatiente de commencer le challenge Classiques au coin du feu, j’ai pu en avoir un avant-goût en relisant une pièce que j’avais étudiée en prépa, et que je me souvenais avoir apprécié, même si ce n’est pas ma préférée de cet auteur.

Mon choix est notamment du à ma lecture récente de Maman je veux pas être empereur, de Françoise Xénakis, et à la représentation à l’opéra Agrippine, de Haendel, à laquelle j’ai assisté il y a quelques semaines. J’ai donc décidé de continuer sur ma lancée et d’explorer une nouvelle version de l’histoire de Néron et d’Agrippine, cette fois-ci grâce à la pièce de Racine.

J’ai eu la chance de tomber sur une édition numérique  qui contenait les deux préfaces écrites par Racine. Il est intéressant de voir quels arguments l’auteur a utilisés, accompagnés d’une certaine dose de cynisme,  pour défendre sa pièce.

Au niveau de l’intrigue, peu de personnages, mais beaucoup de tours et de détours psychologiques: Britannicus, soutenu par Agrippine, qui, voyant Néron lui échapper, tente de se concilier son demi-frère,  est amoureux de Junie. Néron, jaloux, décide de la lui enlever. Divers confidents, Narcisse, Pallas, et Burrhus, sont les témoins et parfois les instigateurs des actions des puissants.

En règle générale, les personnages évoluent assez peu. Britannicus est jeune, terriblement naïf (niais?), Junie est innocente et lucide, Agrippine prête à tout pour conserver son pouvoir. Le seul protagoniste qui évolue de façon notable est Néron, et il est intéressant de constater sa transformation au détour d’une phrase, ou d’un simple mot habilement glissé dans une tirade. La langue de Racine est évidemment très belle (c’est Racine!), et malgré le classicisme des alexandrins, j’ai été étonnée par l’inventivité et l’expressivité de certains vers.

Néron passe, par degrés, et à mesure qu’il rencontre une opposition de plus en plus forte, de l’adolescent capricieux au tyran sanguinaire et capable de manipuler son monde pour parvenir à ses fins. Le rôle de Narcisse, qui lui tient lieu d’âme damnée, est également intéressant, car c’est lui qui est à l’origine du retournement de situation final.

D’ailleurs, il s’agit d’une tragédie assez peu « sanglante » (c’est à dire qu’on évite la longue succession de suicides à la fin. Petit point négatif:  alors que la tension, bien que modérée, est assez bien gérée, surtout dans le quatrième et cinquième acte de la pièce, les derniers vers m’ont semblé tomber à plat, et affadir la fin.

Si je devais donner une note: 8/10

* Mister Marmotte a dit * Guide de survie en territoire zombie, Max Brooks

Mister Marmotte, qui aime décidément beaucoup chroniquer des bouquins, vous parle cette fois d’une de ses passions du moment: les zombies! (sujet, certes intéressant, mais dont je fais parfois les frais lorsqu’il s’agit de choisir un film!). Bonne lecture!

Couverture Guide de survie en territoire zombie

Grâce à Marmotte, qui me l’a offert (merci à elle, chocolat et chantilly sur son terrier), j’ai enfin eu l’occasion d’étudier en profondeur ce document au combien précieux. Peut-être trouverez-vous ce dernier qualificatif exagéré. En quoi un livre disponible dans toutes les bonnes librairies pour un prix raisonnable est-il si « précieux » ?

Et bien la raison en est simple : c’est l’un des rares documents sérieux dans le domaine de la lutte et la protection personnelle contre les zombies. Conçu à l’usage des civils, c’est le seul du marché à vous livrer quasiment clé en main la stratégie et toutes les bonnes astuces et ficelles à connaitre pour échapper et survivre à l’apparition de zombies. Le tout astucieusement classé dans de courts chapitres aux titres clairs : ainsi, en cas d’urgence, vous trouvez immédiatement l’info dont vous avez besoin.

Conçu en format de poche, pensez à vous le procurez d’urgence quand vous irez piller les magasins à la recherche de nourriture et d’armes improvisées (ou pas). Et le potassez-le sérieusement dès que vous aurez un moment de répit. Au choix, cela vous permettra soit de comprendre vos erreurs, histoire de savoir pourquoi vous finirez en buffet à volonté, soit de vous donner une ligne de conduite pour continuer à survivre.

Le « Guide de survie en territoire zombie » est extrêmement bien documenté. A tel point que sur presque 400 pages, je n’ai trouvé que 3 informations sujettes à débats selon moi. Mais ce sont là des questions qui animent les discussions d’experts depuis bien des années. La plupart des manuels, toutes matières confondues, recèlent bien plus d’erreurs.

Ce document est quasi-exhaustif, et les informations sont aisément accessibles. Il y a même un petit récapitulatif historique des différents épisodes de contamination zombie, pour vous distraire si vous êtes pris d’insomnie dans votre refuge. Que demander de plus ?

* Calendrier de l’Avent * Sacré Santa!

 

Par Saint Epondyle

Bonujour à tous! Voici l’article écrit à 4 mains avec Saint Epondyle, que je remercie de s’être prêté au jeu, dans le cadre du Calendrier de l’Avent des Livraddictiens! Le texte est également disponible sur son blog, Cosmo Orbüs, et plus particulièrement ici! Vous retrouverez les autres articles écrits par  les participants jusqu’au 24 Décembre sur cette page! Bonne lecture!

Par anpan-man (deviantart)

Dans la pénombre du milieu de la nuit, les chiffres jaunes de l’horloge clignotaient lugubrement. 23h42. En gardant l’heure dans un coin de son champ de vision, Santa Claus attendait avec nervosité. Comme chaque 24 décembre à 23h passée, il se tenait prêt pour la plus grosse nuit de travail de l’année. Et malgré les milliers de kilomètres à parcourir et les millions de clients à livrer, il avait interdiction formelle de commencer avant le 25. C’était stupide, mais c’était la tradition. Et cela l’énervait.

Pour passer le temps, Claus attrapa son petit ordinateur portable, négligemment posé sur le tableau de bord. Alors qu’il faisait rapidement le tour de ses blogs préférés, un article attira son attention. Il commença à lire.

Pas Manicberry (deviantart)

« A un mois de la date fatidique du 24 décembre, les affiches de films mettant en scène, avec plus ou moins d’originalité et de finesse, les aventures d’un bonhomme barbu vêtu de rouge commencent à fleurir un peu partout. »

Voilà qui commençait bien, par un énorme ramassis de clichés. Celui qui était justement représenté comme un bonhomme massif à la barbe blanche et vêtu de rouge sourit. Il y avait longtemps qu’il avait abandonné la cape et le manteau de fourrure pour quelque chose de plus pratique, et de plus discret. Crachant sa chique par la fenêtre du semi-remorque, il réajusta son bonnet -gris- duquel tombait en cascade une tignasse de dreadlocks poivre et sel. Retirant ses grosses lunettes d’aviateur en cuir, il continua sa lecture.

« Les librairies mettent en avant leurs stocks de contes de Noël, on dépoussière parfois des manuscrits perdus d’auteurs célèbres qui se sont intéressés à cette tradition, et quand ces découvertes font défaut, on réédite en version collector des livres déjà existants.

Les marchés de Noël poussent comme des champignons, les ventes de papier cadeau explosent, celles de lait, cookies et carottes connaissent une hausse non négligeable.

A moins de s’appeler Ebenezer Scrooge, il est très difficile de ne pas se laisser gagner par l’atmosphère festive, d’autant que les plus jeunes attendent avec impatience l’arrivée du père Noël, personnage magique distributeur de cadeaux. En fouillant un peu dans la littérature, les arts graphiques et les films, on se rend compte que ce personnage a été souvent utilisé, transformé, réadapté (et ces appropriations ont souvent eu lieu bien avant la pub d’une certaine boisson américaine au logo rouge !) Les versions sont multiples, des plus classiques aux plus déjantées. Loin de fournir une liste exhaustive, nous allons nous arrêter sur certaines de ces interprétations, trouvées en librairie, sur internet, ou au cinéma. »

 Par wildlifehoodoo (deviantart)

En lisant ces lignes, Claus sourit pour lui-même. En effet, son arrière grand-père avait été bien avisé de vendre les droits d’exploitation de son image d’artisan de l’époque. La fortune familiale était basée exclusivement sur les droits touchés pour l’exploitation de cette image. Mais le métier avait bien changé ; en 2011 il n’était plus question de traîneau, de rennes ou de « oh oh oh ». Pour réussir le tour de force et garder une image de fiabilité, le service marketing imposait que la livraison soit faite en une seule nuit, et par une seule personne. C’était stupide, mais c’était également la tradition.

Ironiquement, Claus ne touchait rien des sommes astronomiques brassées par l’entreprise familiale. Tout était réinvestit pour les approvisionnements en jouets de l’année suivante. Non, lui qui portait cette affaire à bout de bras et sans lequel elle ne saurait fonctionner, lui devait s’arranger autrement.

« Dans le rayon jeunesse des librairies, on trouve de nombreux livres traitant du Père Noël, personnage positif s’il en est. Difficile de faire le tri parmi ce foisonnement de contes, illustrés ou non, de courts romans, ou d’histoires à raconter le soir. Certains sont très mignons, poétiques, comme le Quand je serais grand, je serais le Père Noël, de Grégoire Solotareff, un de mes premiers souvenirs de lecture. D’autres se veulent plus humoristiques, comme Faustine et le Père Noël d’Anne Wilsdorf, croisé et feuilleté en librairie, et dont j’ai bien aimé les illustrations. Au niveau des films, on notera Le Pôle Express de Robert Zemeckis, visionné récemment et beaucoup apprécié, où on croise un Père Noël qui correspond en tous points à l’image traditionnelle du personnage joyeux, généreux et magique. »

Par DOUGLASDRACO (deviantart)

« Magique », il fallait bien l’être un minimum pour assurer les livraisons en temps et en heure. « Généreux », Claus ne l’était pas plus qu’un autre, il avait repris l’affaire de son père, rien de plus. Quand au « Joyeux », il l’était autant qu’un animateur de centre de vacances de juillet à août sur la Côte d’Azur. Le stress et la fatigue étaient les mêmes, mais au lieu de jouer son année sur une saison, il le faisait sur une seule nuit. Claus s’autoriserait à être joyeux une fois arrivé le 26 décembre.

23h54. Qu’on en finisse.

« De grands auteurs de la première moitié du 20ème siècle se sont également attaqués au mythe du Père Noël. C’est le cas notamment de J.R.R. Tolkien, qui a écrit pour ses enfants des Lettres du Père Noël, mettant en scène le célèbre personnage et ses aventures au Pôle Nord, en y incluant des démêlés avec les gobelins (comme c’est étrange… !). Même s’il n’est en aucun cas le personnage principal de l’œuvre, le Père Noël apparaît aussi dans le deuxième tome des Chroniques de Narnia, de C.S.Lewis, où il joue le rôle de l’adjuvant providentiel lorsque son traineau croise le chemin des enfants Pevensie. C’est grâce à ses cadeaux et à ses encouragements que les héros vont pouvoir triompher de la Sorcière Blanche. Avant cela, Lyman Frank Baum, l’auteur de la série de contes incluant Le Magicien d’Oz, avait également consacré un livre au Père Noël : The life and adventures of Santa Claus.

Par Pyteo (deviantart)D’autres interprétations s’éloignent davantage de l’image merveilleuse et gentillette du personnage. Dans L’Etrange Noël de Monsieur Jack, de Tim Burton, le Père-Noël devient le Perce-Oreille (ou Sandy Claws dans la version anglaise), sorte de gros bonhomme un peu amorphe qui n’a pas tellement d’autre utilité dans l’intrigue que celle de se faire capturer et trimballer dans un sac, soit par les alliés de Jack, soit par son ennemi, le méchant Oogie Boogie.

Dans son recueil de nouvelles, Miroirs et Fumées, Neil Gaiman va plus loin dans le côté inquiétant et dérangeant, avec une très courte nouvelle, presque un poème en prose, qui nous présente un Père Noël torturé et suicidaire. C’est bizarre, limite malsain, mais assez génialement écrit. »

Autant de références indirectes à lui-même faisaient tourner la tête de Claus. Lui qui se désintéressait généralement de l’image que les gens pouvaient avoir a son sujet, il s’amusait de constater la diversité des visions et des détournements du personnage commercial inventé par son arrière grand-père. Les interprétations de cette figure emblématique avaient beau être très variées, elles étaient toutes à côté de la plaque.

Et c’est Claus qui se tapait tout le boulot. Comme toujours et pour la dix-septième année consécutive.

« Du côté des mangas, on notera le déjanté  My Santa, de Ken Akamatsu, qui nous propose une version du Père Noël assez étonnante, puisqu’il s’agit d’une jolie demoiselle à la robe plutôt minimaliste (quand on sait que l’auteur est le créateur de Love Hina, on comprend mieux !). Côté intrigue, le contenu a l’air proportionnel au tissus de la jolie robe, mais je pense que raconter une histoire construite n’est pas le but premier de ce livre !

A ces différentes interprétations s’ajoutent évidemment de nombreuses illustrations. Certaines, parmi les plus anciennes, sont devenues des classiques, comme les premières illustrations de Thomas Nast, au 19ème siècle, qui semblent avoir servi de modèle de toute l’imagerie traditionnelle concernant le Père Noël. »

En réalité, Nast était un ami de Santa Claus senior. Et ses illustrations avaient été réalisées sur commande en 1901 pour servir de publicité à la société. On avait ensuite antidaté l’ensemble pour donner une image traditionnelle et authentique. Déjà à l’époque, le but était de donner une image d’imaginaire de grand-mère à une petite affaire qu’on qualifierait aujourd’hui de start-up.

Mais de l’eau avait coulé sous les ponts depuis, le siège social avait été déplacé une première fois de la région alsacienne au pôle nord (encore une fois à grand renfort de publicité), puis déménagé en Russie juste après la chute du mur de Berlin, pour des raisons logistiques. Au bout de plus de vingt ans passés à se geler au bout du monde, il avait fallu revenir à un fonctionnement un peu plus rationnel. A l’époque les coûts de chauffage engloutissaient déjà la moitié du budget de fonctionnement annuel.

« Aujourd’hui, les illustrateurs s’en donnent à cœur joie et laissent libre court à leur imagination, pour proposer des images mignonnes, drôles, décalées ou carrément effrayantes. « 

Par scruffyronin (deviantart)

En pensant à ces centaines d’interprétations et de visions d’artistes, Claus ressentit un serrement au cœur. Le monde entier fantasmait sur une image désuète et enchantée, là où lui – le cœur du sujet – avait une vie en réalité bien différente, qui lui parut soudain extrêmement triviale.

À travers la buée qu’il exhalait dans l’obscurité glaciale de sa cabine, Claus jeta un œil à l’heure qui luisait faiblement. 00h06. Crépitant depuis le poste de radio posé sur le siège passager, une voix soudaine rompit le silence. « Il est minuit passé, vous avez l’autorisation de décoller depuis la piste 8 monsieur », déclara son assistant d’une voix monocorde depuis la tour de contrôle de l’aéroport. Empoignant le micro avec sa main gantée, Santa Claus se redressa sur son siège et dit à son tour : « Bien reçu, je m’y  dirige. » Avalant une lampée de Whisky directement au goulot, Claus effectua d’une main experte la manœuvre nécessaire à l’entrée sur la piste de décollage. Après la rampe lumineuse en béton, tranchante comme un rai de lumière sur la nuit, se découvrait un horizon infini, constellé d’étoiles.

 

Les grosses chenilles du semi-remorque écrasaient la neige sous leur poids alors que l’appareil se mettait en position. « L’avantage de travailler un jour férié, c’est que les routes vont être dégagées. Comme l’année dernière, et l’année précédente, et l’année précédente. » se dit Claus intérieurement en esquissant un sourire mélancolique. Puis, avec un soupir, il enfonça brusquement la pédale de l’accélérateur.
Par Vince Chui

– Rongeuse de Livres & Saint Epondyle –
Texte écrit à quatre mains pour le Calendrier de l’Avent des Livraddictiens. 

Grignotage n°155: Un Cookie pour Noël, Anne Baeyaert

A l’approche de Noël, des maîtres indignes se débarrassent sans scrupule de leur animal de compagnie au bord d’une route de campagne afin de pouvoir passer des vacances au soleil. Qu’adviendra-t-il du jeune chien abandonné, livré à lui-même dans la nature ? Cookie retrouvera-t-il une famille aimante ?

J’inaugure une série de critiques de livres pour enfants avec un conte de Noël (avec le début du Calendrier de l’Avent des Livraddictiens demain, je suis déjà dans l’ambiance!).

Pour l’auteure, il s’agit d’un premier essai d’écriture auto-édité, disponible en format papier et en PDF. 

J’ai bien aimé le fait que, malgré la simplicité de l’histoire, le vocabulaire est assez recherché et la syntaxe parfois assez élégante, tout en restant tout à fait compréhensibles pour un enfant à qui on lirait cette histoire, ou qui la découvrirait par lui-même.

J’ai aussi apprécié les changements de points de vue, qui augmentent l’impact émotionnel de ce conte, en permettant notamment au jeune lecteur de s’identifier à Cookie, tout en amenant quelques subtilités à une trame narrative plutôt linéaire, format court oblige.

Le découpage en chapitres permet de faire durer le suspense et de suivre les aventures du petit chien pas à pas, par exemple jusqu’au jour de Noël. Le thème plaira certainement aux enfants intéressés par les animaux tout en les sensibilisant au problème de l’abandon et de la solitude.

L’impression laissée par certaines scènes qui pourront paraître tristes ou un peu effrayantes à un jeune lecteur sera sans doute dissipée par le très joli happy-end (après tout, c’est un conte de Noël!).

Sans être la cible directe de ce petit conte, qui n’est pas sans rappeler La Belle et le Clochard de Disney, je l’ai apprécié comme un agréable avant-goût des fêtes de fin d’année!

Si je devais donner une note: 8/10