Grignotage n°130: L’Antilégende, Fabien Clavel

Couverture L'AntilégendeDon Juan est accusé de meurtre ! Une à une, les femmes qu’il a séduites sont retrouvées mortes, le cœur arraché, et une étrange escouade de spadassins noirs est lancée à ses trousses. Le séducteur légendaire clame son innocence… Mais que s’est-il passé entre le moment où la statue du Commandeur l’a entraîné aux enfers et sa réapparition à Séville ? Il n’en conserve pas le moindre souvenir. Pire encore, il ne parvient même pas à se remémorer l’identité de ses conquêtes passées… Accompagné de son valet et de la blonde et sulfureuse Manon Lescaut, il part à la recherche de la clé du mystère à travers une Europe étrangement transformée. Mais un inquiétant personnage au masque de fer semble l’avoir devancé…

L’antilégende met en scène un Dom Juan sans âge, séduisant et un rien démoniaque, qui agit de façon presque systématique en présence des femmes. On sent bien l’admiration de Fabien Clavel pour son personnage, et le plaisir qu’il a eu à écrire cette suite d’aventures. Sous prétexte d’une enquête, l’auteur vise surtout à nous embarquer dans un voyage étrange, où les personnages de romans, de pièces et d’opéras classiques se croisent, où les paysages défilent sans suite et sans transition, dans un univers étranges, où tout ne nous est pas expliqué (la fin m’a d’ailleurs laissée assez perplexe, sans que cela ne gâche le plaisir de la lecture, car c’est un livre au rythme trépidant qui se dévore).

Clavel a glissé dans ses dialogues quelques répliques de la pièce de Molière et de Don Giovanni, qui sont du plus bel effet. On croise en chemin Manon Lescaut, dont la transposition est très réussie, car elle devient l’égal féminin du héros, les Mousquetaires de Dumas, les personnages des Liaisons Dangereuses et des romans du Marquis de Sade, Lemuell Gulliver, Cyrano de Bergerac, les habitantes du sérail des Lettres Persanes… Les références littéraires sont nombreuses, mais comme elles sont très bien expliquées, il n’y a pas forcément besoin d’avoir lu toutes ces oeuvres pour bien comprendre l’histoire. Il s’agit d’ailleurs d’un récit à suivre plutôt qu’à comprendre: le lecteur n’en sait pas plus que les personnages sur le fonctionnement de l’Index, tout n’est d’ailleurs pas expliqué, et même si les aventures et rencontres qui jalonnent l’histoire sont très plaisantes à suivre, il ne faut pas y chercher une trame narrative très complexe.

On retrouve l’athéisme de Dom Juan comme il est décrit chez Molière, si ce n’est que Dieu est remplacé dans l’Antilégende par le concept « d’Auteur ». Cependant, il paraît ici moins cynique, très galant pour le plaisir de l’être et par amour pour la gent féminine, n’hésitant pas à se décrire comme quelqu’un qui offre un moment de bonheur à chaque femme plutôt que comme quelqu’un les trompe et les utilise. On dirait que l’auteur a tenté de redorer le blason du personnage en faisant de lui un parfait héros de roman de cape et d’épée. Sa relation avec  Manon est intéressante, car même si elle n’est absolument pas exclusive, on sent qu’elle est différente, et que Dom Juan admire beaucoup l’aplomb et la fraîcheur de la jeune femme.

Le personnage de Sganarelle, indissociable de celui de Dom Juan, se fait parfois raisonneur, même si personne ne semble vouloir l’écouter, et c’est souvent lui qui aide le lecteur à comprendre le comportement de son séducteur de maître. La confrontation entre Dom Juan, Valmont, Casanova et Durcet est des plus intéressantes, car elle permet la description de quatre visions très différentes du libertinage, un des thèmes de réflexion présent dans le roman.

Le style de Fabien Clavel est très agréable, et sa fluidité aide à se plonger dans le récit. Cependant j’ai relevé pas mal de coquilles, surtout vers la fin du roman (des morceaux de phrases manquants ou répétés, des mots déformés…), ce qui gêne un peu la lecture.

L’Antilégende est un livre original, qui se dévore, mais à l’intrigue très (trop) linéaire. Une lecture que j’ai adoré sur le moment, un excellent divertissement, mais dont je conserverai surement peu de souvenirs par la suite.

Si je devais donner une note: 9/10

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5 réponses à “Grignotage n°130: L’Antilégende, Fabien Clavel

  1. Waouh, le cross-over de malade ^^ je n’ai pas lu le Don Juan de Molière, mais de la manière dont tu le décris il doit être proche de celui de Tirso de Molina (la statue du commandeur, le je-m’en-foutisme,…). J’en prends note, en tout cas, ça doit valoir le coup d’œil !

  2. Le fait qu’il y ait plein de références autour du mythe de Don Juan me tente énormément même si ta conclusion est un peu plus mitigée. Je le glisse dans ma liste d’envies 😉

    • La conclusion est mitigée post-lecture parce que bon, il faut avouer que l’intrigue a un peu de mal à se tenir , mais pendant que je lisais, j’ai tout simplement adoré (d’où la note très élevée que je lui ai donné au final) ! Si tu décides de te le procurer, je te souhaite une très bonne lecture 🙂

  3. En cours de lecture pour ma part et bientôt finie d’ailleurs!
    J’aime énormément!

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