* Litté-à-thème * Courts romans du Pays du Soleil Levant

Bienvenue dans la première édition du Litté-à-thème, rubrique dans laquelle paraîtront, plus ou moins régulièrement, des articles présentant plusieurs livres regroupés autour d’un même… thème (non, c’est vrai?).

Mes lecture de ce week-end ont consisté en trois courts récits écrits par des auteurs japonais, toujours à la première personne, avec une ambiance sombre, mélancolique ou intimiste. J’aime beaucoup la collection Babel, d’Actes Sud, qui fournit de beaux livres, très agréables à lire (j’ai même eu le droit à un très joli carnet en cadeau!).

Couverture L'annulaireLe premier livre que j’ai lu est l’Annulaire, de Yoko Ogawa, auteure dont j’avais entendu parler mais que je découvrais avec ce petit ouvrage d’à peine 90 pages.

La narratrice a perdu une partie de son annulaire dans un accident du travail, et en cherchant un nouvel emploi, se retrouve devant la porte d’un laboratoire assez particulier, où les clients amènent des objets de tous types pour les faire naturaliser et enfermer dans les salles de conservation. La narratrice, employée à l’accueil du laboratoire, a souvent l’occasion d’écouter les histoires des objets qui lui sont apportés, et tombe de plus en plus sous le charme de son étrange employeur.

Ce livre est un petit bijou d’écriture au scalpel et d’ambiance dérangeante et malsaine. Les phrases simples et le vocabulaire précis permettent de bien saisir les pensées et les sentiments de la narratrice. Celle-ci  reste assez passive face aux différents évènements, alors même qu’elle en devient de plus en plus le centre. On a l’impression que l’histoire se déroule malgré elle, alors qu’elle se laisse de plus en plus fasciner par son employeur, et absorber par le laboratoire.

Il est difficile en début de lecture de saisir parfaitement le concept sur lequel repose le laboratoire, et même à la fin du roman, je n’ai pas été convaincue d’avoir tout compris, mais les interrogations déclenchées par cette incertitude ne font que renforcer le sentiment de malaise qui accompagne la lecture jusqu’à la dernière ligne.

Couverture Le convoi de l'eauAlors que l’Annulaire se passe quasiment à huis-clos, dans Le Convoi de l’eau (pour lequel j’ai craqué à cause de la couverture!), Akira Yoshimura nous décrit les magnifiques paysages de la montagne au coeur du Japon. Le narrateur s’est engagé en sortant de prison comme ouvrier et part avec son équipe sur le chantier de construction d’un barrage qui doit noyer une vallée. Mais dans cette vallée se trouve un petit village  dont les habitants vivent isolés du reste du monde depuis plusieurs siècles.

Un des intérêts de ce court roman repose sur le fait que le narrateur a tué sa femme. Dès lors, il analyse les faits et gestes des villageois sous l’angle de ses propres actions et souvenirs, et nous décrit l’avancée inéluctable du chantier, qui va déranger de plus en plus  la vie de la petite communauté, avant, finalement, d’obliger les villageois à évacuer la vallée.

Les contacts entre ouvriers et villageois sont rares, mais prennent toujours un sens profond. Le récit met l’accent sur la violence des ouvriers (contre la nature, mais aussi contre leurs semblables) et la dureté des moeurs des villageois, tout en nous offrant de magnifiques descriptions des paysages. Le fait que le narrateur ait de légères tendances psychopathes ne le rend pas moins apte à ressentir et à nous guider à travers la poésie et la beauté  des lieux, et s’il ne recherche pas nécessairement de rédemption, il s’avère parfois beaucoup plus humain et honnête que certains de ses compagnons.

Jusqu’au bout, on s’attend à ce que le départ de la petite communauté se solde par un drame, une tentative de révolte, et c’est cette tension qui rend l’atmosphère de ce roman, par ailleurs assez contemplative, presque mystique, très particulière.

Couverture Le poids des secrets, tome 1 : TsubakiLe troisième roman, Tsubaki, a été écrit en français, par une auteure d’origine japonaise, mais vivant au Québec. La narratrice reçoit de son avocat une lettre de sa mère, Yukiko, décédée depuis peu, accompagnée d’une seconde missive, adressée à un certain Yukio, un oncle dont la jeune femme n’a jamais entendu parler. En ouvrant sa propre lettre, elle découvre le passé de Yukiko, qui a assassiné son père à cause d’un mensonge.

Le récit de Yukiko est étroitement lié aux évènements de la Seconde Guerre Mondiale, puisqu’elle commet ce meurtre, dans un village près de Nagasaki, le jour où la bombe explose.

Il est difficile de développer une chronique familiale sur une centaine de pages, et pourtant le récit est clair, simple et efficace. Bien sûr, on sent qu’il ne s’agit que d’un premier volet, de nombreuses informations manquent encore. Ça manque aussi un peu de suspens, mais il n’est pas désagréable de se laisser porter par la douceur de l’écriture de Aki Shimazaki, même si certaines scènes sont à peine esquissées, certains thèmes seulement effleurés, et que j’attends avec impatience l’occasion de lire la suite, cette fois du point de vue de Yukio.

Trois lectures que j’ai beaucoup apprécié, même si le récit qui m’a le plus marquée est celui de Yoko Ogawa. Malgré la diversité des thèmes évoqués, on retrouve dans ces trois romans des déclinaisons de l’ambiance calme, contemplative, presque détachée, assortie d’une narration à la première personne, typique de ce que j’ai pu lire jusqu’à présent en littérature japonaise.

Ces livres peuvent tout à fait devenir des livres voyageurs! Si vous êtes intéressés par un ou plusieurs ouvrages, n’hésitez pas à l’indiquer en commentaire ou à m’envoyer un mail!

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Une réponse à “* Litté-à-thème * Courts romans du Pays du Soleil Levant

  1. « L’Annulaire ».
    Au vu de ta critique,et du résumé, je m’attendais à une ambiance réellement ambigüe, malsaine. A la lecture, c’est plutôt un sentiment de mélancolie contemplative qui me touche. Il semble presque y avoir un aspect mystique dans l’existence, et la survie de ce laboratoire dont l’espace de stockage parait virtuellement illimité. Comme une structure « en dehors du monde », qui recueillerais les specimens pour les extraire de la réalité. Comme un lieu où le temps n’a pas cours, un lieu figé, au beau milieu d’un monde qui continue à vivre. Car l’intérieur de ce laboratoire parait presque « mort ». Il continue à exister, mais de façon quasiment mécanique, sans intervention d’une réelle « volonté ».

    Et ces escarpins, que l’on ne trouverait pas déplacés dans une oeuvre de Stephen King…
    Beau livre, troublant sans l’épouvante, inquiétant sans l’horreur…

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