Grignotage n°104: Lolita, Vladimir Nabokov

« Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-lii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois reprises, contre les dents. Lo. Lii. Ta.
Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre quarante-six et son unique chaussette. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l’école. Elle était Dolorès sur les pointillés. Mais dans mes bras, elle était toujours Lolita »

Cette première page, éminemment célèbre, suffit à montrer la passion tragique, poétique, et malsaine du narrateur pour Lolita, la dimension trouble et sulfureuse de l’intrigue, et surtout (à mon avis!), la magnifique plume de l’auteur.

Le narrateur, répondant au pseudonyme volontairement grotesque d’Humbert Humbert, est en prison lorsqu’il nous livre le récit de son aventure avec Lolita, une petite fille de 12 ans. Il serait facile de  le trouver absolument et irrémédiablement détestable, s’il n’écrivait pas aussi bien, et si ses sentiments ne sonnaient pas aussi juste. On en viendrait presque à apprécier ses traits d’humour et son érudition, à admirer l’amour sans condition qu’il voue à Lolita, et à compatir à sa souffrance, car il sait que ses sentiments ne sont pas réciproques. J’aurais aussi pu plaindre davantage la petite Lolita, si seulement elle n’avait pas été une peste, dont on a l’impression qu’elle se plie volontiers, au début du moins, aux exigences du narrateur.

Ce refus de manichéisme est une des forces du récit, et le lecteur en vient à s’interroger sur son ressenti, voire à se surprendre lui-même sur ses impressions ou son interprétation de l’histoire. Malgré le thème très malsain, le choc est en partie atténué par le fait que le narrateur se montre plutôt pudique dans ses descriptions érotiques, qui sont brèves, très poétisées, et axées sur son ressenti personnel. Cependant, certains passages durant lesquels la folie d’Humbert prend le dessus permettent de ramener le lecteur à la « réalité » et de lui rappeler, si besoin, que le narrateur est bel et bien malade et pervers (l’ironie du sort voulant qu’il fasse des recherches en psychologie!). La fascination reste, néanmoins, et c’est principalement cette escalade dans la folie qui a soutenu mon intérêt durant ma lecture de la deuxième du roman, un peu plus monotone que la première.

Si la première partie nous happe dans le récit (on découvre le narrateur, puis Lolita à travers ses yeux, et la nouveauté du style, des personnages, de l’intrigue attire l’attention du lecteur), la deuxième ne bénéficie pas de cet impression de nouveauté et j’ai attendu le dénouement avec une impatiente croissante, surtout durant les cinquantes dernières pages, qui racontent la vie d’Humbert Humbert après sa séparation d’avec Lolita, et qui ne m’ont pas paru bien passionnantes.

Cependant, l’attention du narrateur portée à son environnement, et les nombreuses descriptions à ce sujet, ancrent l’histoire de façon très réaliste dans une Amérique que j’ai pris plaisir à découvrir, grâce à de nombreux petits détails de civilisation qui donnent de la consistance au récit, et qui ajoutent de l’intérêt aux pérégrinations des personnages.

De plus,  l’écriture de Nabokov demeure d’une grande qualité  du début à la fin de l’oeuvre, et m’a fait l’impression d’une véritable « claque stylistique », d’où mon enthousiasme général pour ce livre (sachant que l’anglais n’est pas la langue maternelle de l’auteur, je trouve la prouesse d’autant plus impressionnante). J’ai particulièrement apprécié, en lisant en VO, les nombreux passages et locutions en français, impossibles à rendre dans une traduction, et les néologismes et jeux de mots qui parsèment le récit.

Lolita est un livre très dense, que j’ai trouvé fascinant malgré un thème choquant, un « incontournable » que je suis contente d’avoir enfin lu!

Si je devais donner une note: 8,5/10

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3 réponses à “Grignotage n°104: Lolita, Vladimir Nabokov

  1. C’est un livre qui ne me tente pas du tout pour l’instant. C’est certes un incontournable, mais cette histoire me met terriblement mal à l’aise. Et pourtant, je suis plutôt une habituée des histoires volontairement malsaines. Mais là, je ne sais pas; je bloque.

  2. Je ressens exactement la même chose que Meloe…

  3. J’ai ressenti la même chose que toi : une sorte de fascination. ce livre est tellement bien écrit qu’on en oublie presque combien le sujet est difficile et plutôt tragique.
    C’est vraiment un très bon livre , mais je n’ai jamais réussi à le relire.

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