Grignotage n°40: L’élégance du hérisson, Muriel Barbery

Pour la première fois depuis l’ouverture de ce blog, je suis incapable d’émettre un avis tranché sur un livre. En passant de la déception la plus profonde devant ce que je pensais être un texte faussement bien écrit et inutilement érudit, à une jubilation intense lorsqu’un passage me semblait particulièrement juste et beau, je n’ai toujours pas réussi à décider si j’avais aimé ou pas ce livre.
Le chemin  de Renée, la concierge renfermée, dévoreuse de livres, de musique, et de cinéma, autodidacte aux goûts éclectiques, croise celui de Paloma, adolescente de 12 ans, intelligente à l’extrême, qui a décidé de se suicider à son prochain anniversaire pour échapper à la vacuité du monde des adultes. Les deux personnages évoluent dans un microcosme formé par les résidents de l’immeuble  dont ils démontent, chacun de son côté, les comportements dictés par des clichés.
 Il m’a été difficile de m’attacher à ces deux personnages. Paloma m’a paru très antipathique, elle juge le monde avec un regard qui se veut mature, mais n’est, au final, que celui d’une petite fille prétentieuse et dont l’intelligence la rend profondément amère. Renée m’a semblée un peu plus sympathique, principalement parce qu’elle a un peu plus de vécu, un peu plus de substance. Mais je n’ai pas compris pourquoi elle cachait sa culture en se pliant ainsi aux exigences des clichés véhiculés par les habitants de l’immeuble, selon lesquels les concierges doivent être incultes et mal aimables. Ce parti-pris de l’auteur comme du personnage m’a laissée perplexe et m’a au départ fait douter de l’existence d’une intrigue intéressante dans le roman.
J’ai en effet eu beaucoup du mal à entrer dans le texte, et ce jusqu’à la fin de ma lecture. L’érudition et la préciosité travaillée du style de Muriel Barbery m’a paru à la fois ridicule et originale, selon ce qui était décrit, et ces considérables différences de qualités m’ont souvent poussée à « décrocher », et donc à refaire l’effort de me replonger dans le texte. Mon attention au texte en a souffert, et j’avoue avoir lu certains chapitres en diagonale.
A partir de l’arrivée dans l’immeuble de M. Ozu (comme Paloma, j’ai un « gros côté japonais »), mon intérêt  pour l’intrigue s’est accru, et le dernier tiers du livre a été un peu moins pénible, même si j’y ai trouvé des longueurs.
Certains passages m’ont fait éclater de rire et pleurer, d’autres m’ont donné envie de balancer mon livre dans une poubelle et de me lancer dans une autre lecture. Le moins que je puisse dire, c’est que L’élégance du hérisson ne m’a pas laissée indifférente. En parlant du titre, j’aurais apprécié qu’il soit davantage explicité dans le livre, car même si Paloma la prononce une fois, cette expression, bien que jolie en elle-même, ne semble être là que pour le plaisir de l’assemblage des mots, comme une première préciosité.
Les points du vue des personnages, qui se veulent contemplatifs, imposent au livre quelques longueurs, et des réflexions passablement égocentriques (surtout chez Paloma) qui m’ont agacées. En tant qu’ancienne khâgneuse, j’avoue avoir eu du mal avec la critique répétée qu’en fait le roman. Nous ne sommes pas tous des Colombe ou des Tibère, du moins, je ne me suis pas reconnue dans ces personnages, même en admettant qu’ils soient poussés jusqu’à la caricature.  Certains autres thèmes, comme ceux des camélias, m’ont paru un peu trop exploités, un peu « faciles », un peu « cliché ». 
La fin m’a laissé très insatisfaite, non pas à cause de ce qui s’y passe pour les deux personnages principaux, mais par la façon dont elle est écrite, avec une sorte d’hymne à la beauté lyrique qui, après tant de cynisme et de mépris du monde, sonnait faux. Peut-être la morale de l’histoire m’a-t-elle échappé, peut-être que le but du livre était de démontrer qu’il n’y en avait pas, en tout cas, les dernières pages m’ont laissée perplexe et déçue, sans pour autant que cela ne gâche certains passages, beaux, ou drôles, que j’ai apprécié (notamment la définition que Renée donne des palpagas, qui est à mon avis un des meilleurs passages du livre).
Je suis bien incapable de donner une note à ce livre, qui mériterait certainement une deuxième lecture (j’ai failli le reprendre du début juste après l’avoir terminé, et finalement, j’ai préféré le laisser de côté au moins pendant quelques semaines pour ne pas gâcher l’effet de la première impression). Je ne pense cependant pas relire d’autres choses du même auteur, car après une lecture qui m’a laissé une impression aussi ambigüe, j’ai peur d’être vraiment déçue par ses autres livres.
Merci à Anneso pour cette lecture commune, une première pour moi ! Je compte bien sûr renouveler l’expérience. 

Voici la liste de mes co-lecteurs(trices?), et leurs avis:
Anneso a beaucoup aimé
Christine
Lecturevvv
Lyra Sullyvan a aimé, sauf les longues réflexions philosophiques^^
Mélusine a beaucoup aimé.
Nathalie a un avis plutôt mitigé
Revelation a beaucoup aimé.
Setsuka n’a pas aimé
Stellade

Yogi a adoré.

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6 réponses à “Grignotage n°40: L’élégance du hérisson, Muriel Barbery

  1. Très belle critique, très explicite et bien écrite ! Je te rejoins dans la plupart de tes commentaires, tout en penchant plutôt du côté du bon moment de lecture. Je ne sais pas si tu as finalement résolu le problème de savoir pourquoi Renée se cache aussi bien ; la réponse se trouve dans l'expérience de sa soeur qui l'a traumatisée, elle dit ensuite que si sa soeur jolie et pauvre a si mal terminé il fallait qu'elle, la pauvre et intelligente, cache ses atouts pour ne pas finir comme elle.

  2. Merci beaucoup, j'avais vraiment envie de m'appliquer pour cette critique^^. Pour ce qui est de Renée, maintenant que tu me rappelles ce passage, c'est vrai que ça me semble plus clair, mais je trouve quand même que l'argument est un peu faible… il faudra que je le relise 😀

  3. gloup, encore une qui a pas aimé :(mais ta critique est compréhensible, je comprends aisément qu'il peut freiner du monde ce livre, il m'a ravi moi :o) merci marmote pour ta belle chronique.

  4. Mais de rien, merci pour ton passage. Je n'ai pas absolument détesté, il y a vraiment d'excellents passages, et je comprends qu'on puisse apprécier ce livre 😀 Mais il m'a vraiment laissée perplexe, et j'ai l'impression d'avoir loupé quelque chose :p

  5. et bien,j 'ai eu les mêmes sentiments que toi.j'ai eu envie de le jeter dans une poubelle et je me suis accrochée pour la LC.. et puis l'arrivée de mr Ozu a mis un peu de pigment dans la vie de l'immenble et voilà la fin…oui.Je l'ai lu ,j'ai souffert car le style assez"pompeux " parfois,m'enervait,c'est fait!!!Stellade

  6. J'ia aussi trouvé l'écriture assez prétentieuse, mais je suis quand même contente de l'avoir lu, j'en entendais parler depuis très longtemps et je voulais me faire un avis.

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