Grignotage n°25: A la croisée des mondes, Philip Pullman

Cette trilogie de Philip Pullman fait partie des livres qui m’ont marquée et que je relis régulièrement. Cette chronique peut contenir des spoilers, il est préférable de ne pas la lire si vous ne voulez pas vous gâcher le plaisir de la lecture. Vous pouvez aussi ne lire que le paragraphe concernant le premier tome.

Tome 1: Les Royaumes du Nord

D’aussi loin qu’elle se souvienne, Lyra a toujours vécu dans l’univers poussiéreux et presque entièrement masculin de Jordan College, à Oxford, et malgré le fait que cette situation soit inhabituelle pour une petite fille de 11 ans, elle y est relativement heureuse, entourée de son daemon, Pan, et de son meilleur ami, Roger le marmiton. Jusqu’au jour elle est témoin d’une conférence donnée par son oncle récemment revenu d’une exploration dans le grand Nord,  où celui-ci évoque un phénomène récemment découvert et nommé la Poussière, qui semble provoquer de vives réactions chez les Erudits. Pendant ce temps, dans toute l’Angleterre, des enfants sont enlevés, et leurs ravisseurs sont très vite surnommés les Enfourneurs.

Le premier tome de la trilogie nous fait découvrir un monde riche et cohérent, et le lecteur suit le périple de Lyra d’une université d’Oxford à l’Arctique, et découvre avec elle les aurores boréales et les ours en armure. Lyra est une petite fille volontaire mais innocente, et ses capacités de menteuse lui confèrent un soupçon de dureté et de ruse qui la rendent assez complexe, mais pas moins attachant. . Sa relation avec son daemon Pantalaimon, partie de son âme incarnée dans un corps animal, est extrêmement bien imaginée. L’intrigue est assez simple, mais promet des développements beaucoup plus complexes par la suite, les personnages sont souvent ambivalents et mystérieux, et les lieux sont décrits avec suffisamment de détails pour faire travailler l’imagination. Les intrigues politiques et religieuses qui sous-tendent le récit sont évoquées suffisamment finement pour créer une toile de fond crédible sans pour autant interférer avec l’action principale. Pullman se sert d’éléments récurrents dans les récits de fantasy: une héroïne qui n’a jamais connu ses parents et fait l’objet d’une prophétie dont elle ignore tout,  un voyage initiatique, des batailles. Mais à cela s’ajoutent de nombreux éléments novateurs (les daemons, les panserbjorns, l’aléthiomètre…), très bien imaginés et décrits, qui font des Royaumes du Nord un premier tome très riche, écrit de façon élégante mais simple.

Tome 2 La Tour des Anges

Lyra a franchi la porte ouverte par Lord Asriel entre les deux mondes. De son côté, Will Parry collégien de notre Oxford qui fuit à cause d’un homme qu’il a tué par accident, découvre par hasard une fenêtre qui lui permet de passer dans un autre univers. Les deux enfants se rencontrent dans le monde en ruine de Citagazze, et passé les premiers moments d’étonnement et de méfiance, chacun découvrira qu’il peut aider l’autre dans sa quête. Lyra souhaite obtenir des informations sur la Poussière, tandis que Will cherche son père, disparu depuis 10 ans.

La Tour des Anges manque un peu du souffle qui caractérisait le premier tome de la série. L’action, si elle est présente, est moins trépidante, les personnages se tournent d’avantage vers la réflexion, et effectuent de nombreux aller retour entre le monde de Will et Citagazze, ce qui, ajouté aux nombreux explications qu’ils reçoivent dans leurs recherches, provoque un léger ralentissement dans la narration. Cependant, ce tome est important pour comprendre l’intrigue, et c’est là que se nouent les destins des deux personnages principaux.

Tome 3 Le Miroir d’Ambre

Will se lance à la poursuite de Lyra, enlevée par Madame Coulter. Pendant ce temps, Lors Asriel prépare son armée dans l’attente de la bataille qui doit l’opposer à l’Autorité. Mais alors qu’ils viennent de se retrouver, et que des agents de Lord Asriel tentent de les convaincre de les suivre, Lyra révèle à Will les rêves qu’elle a fait, et la mission qu’elle s’est vue confier: elle veut aller retrouver son ami Roger, et pour celà, il leur faudra aller dans le monde des morts…

L’immensité de l’univers (des dizaines de mondes différents, dont au moins cinq sont explorés en profondeur) , la multiplicité et l’ambivalence des personnages, dont on découvre une nouvelle facette, et l’imagination de l’auteur font de ce tome le plus riche de la trilogie. L’action se complexifie, les personnages se croisent, et pourtant, l’auteur parvient à ménager des interludes plus calmes, mais non moins importants pour la construction du récit, comme les aventures du Dr Malone chez les mulefas (dont je suis absolument fan d’ailleurs^^). La fin laisse un goût amer, et pourtant je suis heureuse que Pullman n’ait pas cherché à couronner son récit par un happy end, car cela lui aurait enlevé de la profondeur.

Car ce sont les différents niveaux de lecture possibles qui représentent une des forces de cette trilogie, lisible par des adolescents comme par des adultes.Les personnages sont nombreux, divers, et complexe; j’aime beaucoup Lee Scoresby et Hester, ainsi qu’Atal la mulefa et Balthamos l’ange, sans oublier les Galivespiens.

Cependant, ma dernière lecture, m’a permis de nuancer un peu mon avis (même si je reste complètement émerveillée devant l’imagination et la plume de Philip Pullman). Il m’a en effet semblé que l’intrigue, bien que complexe et sophistiqué, ne reposait parfois que sur des choix arbitraires des personnages, et des facilités prises par l’auteur (par exemple, le fait que Lee Scoresby parte à la recherche du Dr Grumman, et découvre ensuite que c’est lui qui l’a appelé par des moyens magiques grâce à un bijou ayant appartenu à la mère de Lee et qui a atterrit on ne sait comment entre les mains du chaman), ce qui fait que certains événements ne s’enchaînent pas parfaitement. De plus, l’auteur ne nous donne aucune notion de temps tout au long de ses romans, si bien qu’en les terminant, j’ai été incapable de savoir si l’aventure de Lyra avait duré un an ou deux mois, ce qui est assez perturbant au vu de la manière dont les personnages changent et du nombre d’événements contenus dans les livres. Mais à part ces quelques faiblesses, qui ne me sont apparues qu’à la troisième lecture (quand même!), A la croisée des mondes reste ma saga jeunesse préférée, devant la Quête d’Ewilan et Artemis Fowl.

Si je devais donner une note: 9/10

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4 réponses à “Grignotage n°25: A la croisée des mondes, Philip Pullman

  1. Je n'ai lu que le début de ton article car la trilogie est dans ma PAL et je ne veux pas en savoir trop sur la suite avant d'avoir lu le premier …

  2. Comme quoi j'ai bien fait de prévenir! J'espère en tout cas que cela t'a donné envie :pBonne soirée et bonne lecture^^

  3. Je l'avais lu étant plus jeune et j'avais littéralement adoré. Bon à l'époque la clôture de l'aventure m'avait fait pleurer, de ce fait je l'avais autant détesté que aimé. Je garde un bon souvenir de ce livre, il faudra absolument que je le relise.

  4. C'est le premier livre à m'avoir fait pleurer, et même encore maintenant je suis très émue par la fin, mais la relecture vaut vraiment le coup^^

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