Grignotage n°17: Mémoire d’une geisha

J’ai entendu parler de ce livre en prépa et l’avais feuilleté sans trouver le temps de le lire. Je suis tombée dessus il y a quelques jours à la braderie de Lille et l’ai commencé presque tout de suite, pour une fois.
Yuki Inoue nous raconte l’histoire de Kinu, née en 1892, vendue dans un quartier réservé à l’âge de huit ans pour y apprendre le métier de geisha. Elle s’enfuira plus tard, avant de revenir afin de fonder sa propre okiya.
Le style est agréable, à la fois fluide et précis, et pour le peu que je puisse en juger, la traduction est très bien faite. Pas de problème de compréhension, le récit se lit rapidement, de manière agréable. Il n’y a pourtant pas beaucoup de dialogues, mais les témoignages de Kinu, rapportés sous forme de citation, donnent une vie particulière à ce livre, qui plane entre fiction et réalité. Il est illustré de très belles photos représentant Kinu et d’autres geisha en kimono, prenant la pose dans différents lieux.
A la fois roman et témoignage, ce livre nous fait découvrir l’envers du décors de cette tradition qui a fait et fait encore rêver les occidentaux. Avant de se parer d’un beau kimono et d’arborer le chignon traditionnel, l’apprentie geisha doit subir mauvais traitements, exercices épuisants et douloureux, éducation rigoureuse et parfois cruelle. Après cet apprentissage, la geisha, constamment en manque de sommeil, soumise aux ordres de sa mère adoptive et de ses clients, est souvent obligée de vendre son corps pour parvenir à rembourser ses dettes.
Le ton du récit, pourtant, n’est pas larmoyant. Kinu accepte son sort avec toute la discipline et la dignité dont elle est capable, et, si elle va jusqu’à se rebeller, elle reviendra finalement dans le quartier réservé, mais avec un statut sensiblement différent.
On s’intéresse à cette femme, qui, en plus de sa propre histoire, nous raconte les évolutions du métier de geisha au cours du XXème siècle, le respect des traditions, les guerres, le désenclavement progressif du Japon, le tout depuis le quartier réservé dont elle ne sort qu’exceptionnellement.
A la fois artiste et objet d’art, la geisha n’est jamais vraiment considérée comme une femme à part entière. Les mariages sont rares, les enfants aussi. Ce témoignage ouvre les portes d’un univers fermé, confiné en marge d’une société elle-même isolée, dont il exacerbe à la fois la cruauté et la constante recherche esthétique.
Une découverte passionnante, avec un minuscule bémol: j’ai regretté de ne pas voir dans le livre des photos de musiciennes ou de danseuses traditionnelles, très présentes dans le récit, mais cela peut faire l’objet d’une recherche ultérieure!
Si je devais donner une note: 9/10
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6 réponses à “Grignotage n°17: Mémoire d’une geisha

  1. Je suis contente de lire ton avis dessus car il traîne dans ma PAL depuis des années.Il m'a l'air pourtant très intéressant, bien plus poussé dans le documentaire que le livre d'Arthur Golden.Merci pour ton avis 🙂 Je vais rajouter ton blog dans mes flux rss, j'aime beaucoup la manière dont tu présentes tes livres !

  2. Oulàlà, merci, c'est très gentil! En tout cas je suis ravie de t'avoir donné envie de lire, c'est un roman que j'ai beaucoup apprécié, et qui vaut vraiment le détour quand on s'intéresse un peu aux cultures asiatiques! A bientôt^^

  3. Ça peut être un bon pendant au Geisha d'Arthur Golden que je viens de lire.

  4. J'ai déjà lu Geisha, d'Arthur Golden, mais je note ce livre car il m'a m'air plus abouti :-)Bon samedi à toi !

  5. J'ai essayé le plus possible, durant ma lecture, de ne pas comparer Mémoires d'une geisha avec le livre de Golden, simplement parce que le premier a une visée plus documentaire que le deuxième. Le sujet n'y est pas traité de la même façon (ce qui ne rend pas le livre de Golden moins intéressant, je l'ai vraiment beaucoup aimé!) des éléments se recoupent, mais Mémoires d'une geisha est effectivement plus abouti au niveau des descriptions. Bonne lecture à toutes les deux^^

  6. Ce doit être un livre très intéressant à tous points de vue sur la vie des geisha. Sans aucun doute. Tu écris : facile de compréhension, etc… C’est un livre historique en quelque sorte, enfin sur un fait de société. Mais c’est terrible : « objet d’art jamais considéré comme une femme à part entière » cela fait peut-être rêver les occidentaux, mais sûrement pas les occidentales. Je vois que Kinu finira par avoir un statut un peu meilleur. C’est un livre qu’il faut connaître je pense pour sa vérité. Merci.

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